L’introduction de l’article montre toute l’ambivalence dans le cœur des libristes que peut générer ce genre d’informations.
On nous en voudra peut-être, pour ne pas dire sûrement, d’avoir traduit ci-dessous un communiqué de Canonical faisant la promotion d’offres Ubuntu de son partenaire Asus sur Amazon (uniquement aux US)
Canonical, c’est le vilain petit manchot du libre. Sécessionniste, sa distribution GNU/LInux Ubuntu devient au fur et à mesure des versions un système d’exploitation “à part”. Canonical est doté de son propre bureau Unity, bientôt de son propre système de rendu graphique Mir ; du coup, la liste des divergences ou des spécificités s’allonge un peu plus chaque jour. Pourtant c’est toujours du logiciel libre au moins au sens de la licence.
Voilà donc que Canonical s’associe avec ASUS pour proposer des ordinateurs portables équipés de son OS à l’éducation américaine. Il est possible d’imaginer que cette stratégie s’accompagne d’une démarche de prix cassés et de lobbying intense auprès des autorités concernées. Visiblement cela fonctionne. Alors pourquoi pas en France ?
Tout d’abord, il faudrait que Canonical s’intéresse à ce marché. Il y a peu de chances à mon avis, notre marché n’est probablement pas assez “gros”. Mais qui donc alors ? Aka nous suggère l’offre de ThinkPenguin.com avec la distribution Trisquel dedans par défaut, certifiée 100% libre par la FSF. Je suppose que c’est un trait d’humour.
Pour être plus réaliste, il vaudrait mieux se tourner vers une Debian ou encore Mageia voire, soyons fou, vers Archlinux. Mais au-delà des considérations techniques qui ont au final peu d’importance, pourquoi ces distributions ne peuvent-elles réussir ce que Canonical a fait ?
La raison est simple : leur modèle économique ne le permet pas. Dans les communautés Debian, Magieia ou encore Archlinux personne ne montera de partenariat avec un constructeur comme Asus avec toute une opération de communication et de lobbying en direction “des élus qui vont bien”. On me répondra sûrement que ce n’est pas leur rôle. Soit, mais qui alors ?
Les enseignants ? Je doute fort que le salut vienne de ce côté-là, même si certains n’hésitent pas à mettre les mains de le cambouis pour introduire le plus possible de logiciels libres. Mais ils sont minoritaires et sans aide de leur administration et de la très grande majorité de leurs collègues. N’oublions pas non plus pour faire bonne mesure le peu de maîtrise de l’outil informatique en général.
L’état, les collectivités ? Je crois que c’est plutôt mal parti de ce côté déjà largement victimes du lobbying intensifs des poids lourds.
Des associations ? Elles n’en ont pas les moyens. Il n’existe pas de Mozilla de la distribution GNU/Linux. C’est bien là une des faiblesses du logiciel libre qui ne sait pas s’organiser de façon transversale pour assembler ses innombrables composants dans une suite cohérente et finalisée. La faute revient aussi à notre système économique où l’on ne prête qu’aux riches. Le privilège de la création monétaire est aujourd’hui la chasse gardée des grands groupes.
Le logiciel (et matériel) libre ne pourra percer dans l’éducation que le jour où “quelqu’un” aura réalisé l’assemblage d’une suite complète allant d’un Open Sankoré en passant par une gamme de tablettes, ordinateurs portables, PC fixes pour les salles de travaux pratiques sans omettre les indispensables contenus et j’en oublie sûrement. A cela doivent s’ajouter une communication et un travail de lobbying sans faille. Bref un chantier titanesque.
Pourtant tout est là, libre et sous nos pieds. La question des moyens reste entière et il n’est pas étonnant de constater qu’à ce jour seul un Google ou un Microsoft a la capacité de réaliser une telle opération. Le logiciel libre (le vrai) est-il désarmé ? Oui tant qu’il continuera à s’enfermer dans des modèles qui n’ont aucune chance de fonctionner dans notre économie actuelle. L’associatif basé sur le bénévolat, à moins de créer un grand front uni et d’associer toutes les énergies, n’en aura pas la capacité.
Point de salut alors ? Pas sans changer le système économique ce qui prendra probablement des années ou sans le “hacker” en utilisant les possibilités qu’il offre à ce jour et développer une économie d’intérêt général favorable au développement du logiciel libre (le vrai). Sur ces deux aspects, des propositions existent, j’en ai déjà parlé sur ce site ; d’autres mènent leur combat. Mais visiblement, elles n’attirent pas les foules probablement peu conscientes. Encore moins ceux qui se satisfont de façon égoïste des limites de l’environnement dans lequel ils évoluent pour en tirer un profit personnel.
C’est le sens de ma série d’articles en cours sur l’économie de la rareté et les logiciels libres : essayer de faire comprendre et d’éveiller (en toute modestie et à ma petite échelle) les consciences à la nécessité de mettre en place une économie spécifique aux vrais logiciels libres. Il n’y a guère de solutions miracles, mais si nous sommes réunis, il existe des moyens.
Sur le Framablog : GNU/Linux dans l’éducation : il n’y a plus d’excuses là !
Post-scriptum : pour celles et ceux qui se demandent ce que pourrait être un “faux” logiciel libre, je les invite à suivre ma série sur l’économie de la rareté et les logiciels libres. Il y sera question d’open source