Le projet open source Bitcoin Core, héritier direct du client originel publié par Satoshi Nakamoto, a publié sa version 30.0. Mais loin de faire consensus, cette mise à jour majeure a déclenché l’un des débats les plus houleux dans la communauté Bitcoin depuis la « guerre des blocs » de 2017. Explications dans cet article.
Au cœur de la controverse : l’augmentation massive de la limite OP_RETURN, qui passe de 80 à 100 000 octets. Ce champ, utilisé pour stocker des données arbitraires dans les transactions, permet désormais d’inscrire jusqu’à 100 kilo-octets d’informations directement sur la blockchain. Une avancée technique saluée par certains développeurs, mais jugée périlleuse par d’autres, qui redoutent un risque juridique pour les opérateurs de nœuds et un gonflement incontrôlé du réseau.
Bitcoin Core v30.0 was released!
It is available from: https://t.co/WpMuMaeRoz
Release notes: https://t.co/BifOfRyaq4— Bitcoin Core Project (@bitcoincoreorg) October 12, 2025
Les partisans de la mise à jour y voient une ouverture vers de nouvelles applications décentralisées, comme l’explique Alex Bergeron, responsable de l’écosystème chez Ark Labs : cette extension pourrait permettre des cas d’usage comparables à ceux d’Ethereum, tout en conservant la sécurité et la sobriété du protocole Bitcoin.
Les détracteurs, eux, redoutent que cette capacité soit exploitée pour inscrire du contenu illicite dans la blockchain, exposant les opérateurs de nœuds à des poursuites. Le cryptographe Nick Szabo, figure historique du mouvement cypherpunk, a même recommandé publiquement d’éviter la mise à jour et de migrer vers Bitcoin Knots, un client alternatif maintenant la limite d’origine.
Une fracture technique et idéologique
Derrière le débat technique, c’est une question de philosophie qui se joue : jusqu’où un projet open source décentralisé peut-il évoluer sans fracturer sa communauté ? En quelques semaines, la part des nœuds fonctionnant sous Bitcoin Knots est passée de moins de 3 % à près de 25 %, selon les mesures de Forklog et CoinCentral — un chiffre inédit depuis la scission Bitcoin Cash en 2017.
Les défenseurs de Bitcoin Core rappellent toutefois que la version 30.0 inclut des correctifs de sécurité critiques et des connexions chiffrées entre nœuds, justifiant la mise à jour. Adam Back, PDG de Blockstream et figure influente du projet, estime que refuser ces correctifs reviendrait à fragiliser Bitcoin lui-même : « C’est une attaque sociale contre le réseau », a-t-il déclaré.
Cette controverse illustre à quel point Bitcoin reste un projet profondément humain, tiraillé entre innovation et conservatisme, ouverture et prudence. Bitcoin Core 30.0 reste disponible en open source sur bitcoincore.org, mais son adoption pourrait prendre du temps — preuve qu’après quinze ans d’existence, le protocole inventé par Satoshi n’a rien perdu de sa capacité à diviser… ni à faire débattre sur la nature même du consensus.

