La fonction de Chief AI Officer (CAIO) devrait devenir un pilier stratégique. En France, selon une étude, 70 % des organisations affirment vouloir créer ce poste dans les deux ans à venir. Un tournant qui reflète l’intégration accélérée de l’intelligence artificielle dans les priorités des directions générales, au-delà des seuls services informatiques.
Loin d’un simple effet de mode, cette tendance traduit un changement structurel. Le rôle du CAIO consiste à orchestrer la stratégie IA de l’entreprise, à garantir sa cohérence avec les objectifs métiers, mais aussi à superviser l’adoption concrète des outils, des méthodes et des talents liés à cette technologie. D’ici peu, cette fonction pourrait devenir aussi incontournable que celle du Chief Data Officer l’a été il y a dix ans.
Dans ce contexte, les entreprises françaises semblent vouloir jouer un rôle moteur. D’après une étude conjointe de l’IBM Institute for Business Value et de la Dubai Future Foundation, seules 23 % des entreprises en France disposent actuellement d’un CAIO. Mais elles sont 70 % à déclarer qu’elles en auront un d’ici 2027 — une proportion légèrement supérieure à la moyenne mondiale. En parallèle, ces futurs CAIO bénéficient déjà d’un fort soutien de leurs directions générales, et leur périmètre d’action s’étend bien au-delà de la simple supervision technique : budget, recrutement, formation, innovation, adhésion du comité exécutif… tout y passe.
Mais pour que ces stratégies IA soient pérennes, l’Europe devra aussi relever un autre défi : construire ses propres écosystèmes. Car à mesure que les géants américains et chinois prennent de l’avance, la souveraineté numérique devient un enjeu central. Développer des modèles IA ouverts, auditables et éthiques est essentiel pour garantir une maîtrise collective des outils d’IA. Cela passera notamment par le soutien aux projets open source, le développement de centres de calcul européens, la mise en commun des ressources linguistiques et culturelles, et la formation de talents locaux. Cette approche de l’IA « en commun » pourrait bien faire la différence face à des modèles fermés, opaques et centralisés.
À ce titre, le rôle du CAIO ne sera pas seulement d’intégrer l’IA ou d’optimiser les coûts. Il s’agira aussi de construire une vision : ouverte, responsable, souveraine.
