oms d'entreprises technologiques chinoises comme Baidu Venture et DeepSeek AI écrits en caractères chinois et latins sur une façade vitrée.

IA : pourquoi la Chine pourrait bientôt « fermer » ses modèles open source

Même si les modèles chinois dominent les classements de téléchargement, la pression des investisseurs pour rentabiliser des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars pourrait forcer un virage vers des modèles propriétaires. Entre soft power technologique et impératifs de rentabilité, les laboratoires d’IA de l’Empire du Milieu atteignent un point de rupture stratégique. Reuters a enquêté sur le sujet et c’est particulièrement intéressant.

L’ampleur de la pénétration chinoise dans le monde du logiciel libre est aujourd’hui incontestable. La famille de modèles Qwen d’Alibaba a franchi le cap symbolique du milliard de téléchargements cumulés sur Hugging Face, dépassant le modèle Llama de Meta pour devenir le système d’IA le plus téléchargé au monde. Cette domination ne s’arrête pas là : entre novembre et décembre 2025, sept des dix modèles les plus populaires sur la plateforme provenaient de laboratoires chinois.

Cette stratégie d’ouverture a permis à la Chine de gagner la bataille des « vibes » et de l’influence technologique. Aujourd’hui, rappelle Robyn Mak de l’agence Reuters, on estime qu’environ 80 % des startups américaines spécialisées en IA utilisent des modèles open source (et open weight !) chinois pour leurs développements. Washington s’inquiète d’ailleurs officiellement de cet « avantage concurrentiel auto-entretenu » qui menace le leadership américain, malgré les restrictions sur l’exportation des puces les plus avancées.

Le « piège » de la rentabilité pour les géants cotés

Pourtant, cette générosité technologique se heurte à une réalité financière brutale. Les entreprises cotées en bourse, comme Alibaba ou Baidu, font face à un examen minutieux de leurs actionnaires qui s’interrogent sur la viabilité de ce modèle gratuit.

  • Investissements colossaux : Alibaba a engagé environ 53 milliards de dollars (environ 49 milliards d’euros) dans l’IA et le cloud.

  • Pari sur le cloud : la stratégie consiste à offrir les modèles pour inciter les clients à acheter de la puissance de calcul et des services logiciels annexes.

  • Pression sur les marges : contrairement à OpenAI qui facture l’accès à ses modèles propriétaires, les acteurs de l’open source ne peuvent compter que sur des revenus indirects, ce qui pèse sur leur valorisation boursière.

Géopolitique et réflexes de contrôle : vers une fermeture ?

Au-delà de l’aspect financier, les propres réflexes de Pékin pourraient sonner le glas de cette ouverture. Le gouvernement chinois maintient une surveillance étroite sur la technologie via la censure et les réglementations sur la sécurité des données. À mesure que les capacités des modèles chinois égalent ou surpassent celles des laboratoires occidentaux, les autorités pourraient reconsidérer le partage de technologies ayant des applications stratégiques en matière de cybersécurité ou de défense.

L’histoire récente montre que la Chine n’hésite pas à restreindre ses exportations dans les secteurs où elle est leader, comme pour le traitement des terres rares ou les batteries de véhicules électriques. Comme le souligne Michael Kuiken, vice-président de l’USCC, l’écart de déploiement, notamment dans l’IA « incarnée » (robotique), pourrait se cumuler avec le temps, incitant Pékin à verrouiller ses innovations pour conserver son avance.

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