Quelques jours seulement après l’annonce en fanfare de « Euro-Office » par Nextcloud et IONOS, la réaction de l’éditeur Onlyoffice ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration publiée ce 30 mars 2026, l’entreprise dénonce une utilisation illégale de sa technologie et pointe du doigt des violations flagrantes des termes de sa licence open source.
Pour ONLYOFFICE, le projet Euro-Office ne serait pas une nouvelle solution souveraine bâtie de zéro, mais une dérivation directe de ses propres éditeurs de documents. L’entreprise affirme que Nextcloud et IONOS utilisent son code en violation de la licence GNU Affero General Public License v3 (AGPL v3) et des principes du droit international de la propriété intellectuelle.
L’éditeur souligne que si son logiciel est ouvert, son utilisation est strictement encadrée par des règles de transparence et d’attribution. Selon ONLYOFFICE, le projet Euro-Office aurait omis de préserver le branding original et de fournir l’attribution requise, des conditions jugées « non optionnelles » pour une utilisation légale du logiciel.
L’argument juridique : la Section 7 de l’AGPL v3
Au cœur du conflit se trouve une interprétation technique de la licence AGPL v3. L’avis juridique publié par ONLYOFFICE rappelle que, depuis 2021, l’éditeur a ajouté des conditions supplémentaires autorisées par la Section 7 de ladite licence. Ces clauses imposent notamment :
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L’obligation de conserver le logo original du produit.
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L’interdiction d’utiliser les marques déposées du détenteur des droits.
Selon l’analyse de l’éditeur, un développeur ne peut pas choisir de distribuer une œuvre dérivée sous une licence AGPL v3 « pure » en ignorant ces conditions additionnelles. Le non-respect de ces termes entraîne, selon la Section 8, la résiliation automatique des droits accordés. En clair : sans logo et sans attribution, l’utilisation du code d’Euro-Office deviendrait purement et simplement non autorisée.
Collaboration jugée « impossible » par Nextcloud, Onlyoffice pas d’accord
Cette sortie intervient alors que les promoteurs d’Euro-Office avaient justifié leur démarche en affirmant qu’une « collaboration ouverte avec ONLYOFFICE n’était pas possible pour un certain nombre de raisons ».
Le ton est monté d’un cran avec une interpellation personnelle du fondateur d’ONLYOFFICE envers ses homologues, soulignant l’incompréhension face à cette stratégie :
« Messieurs, nous sommes tous des gens civilisés. J’aimerais m’adresser personnellement à Frank Karlitschek de Nextcloud ainsi qu’à l’équipe d’IONOS : que faites-vous ? »
ONLYOFFICE rejette fermement cet argument, affirmant que le respect du cadre légal et des licences est précisément le fondement de toute collaboration réelle. L’éditeur exige désormais une mise en conformité immédiate de la part de Nextcloud et IONOS, notamment sur les éléments de branding, avant d’envisager de discuter des déclarations qu’il juge « trompeuses » faites lors du lancement du projet.
Ce conflit souligne une fois de plus la tension croissante au sein de l’écosystème open source européen, où la volonté de créer des solutions alternatives souveraines se heurte parfois aux réalités juridiques des licences « copyleft » et aux intérêts des éditeurs originaux.
