Flipper Devices, l’entreprise derrière le phénoménal couteau suisse du hacking Flipper Zero, vient de secouer la communauté technologique en annonçant officiellement le développement de son successeur spirituel : le Flipper One. Mais attention, loin d’être une simple mise à niveau incrémentale, ce projet marque une rupture philosophique et matérielle radicale. On vous dit tout, évidemment !
Présenté sous la forme d’un appel à contribution mondial à travers leur manifeste officiel Flipper One — we need your help, l’appareil se positionne comme un véritable ordinateur Linux de poche, conçu pour devenir la plateforme matérielle ARM la plus ouverte et la mieux documentée du marché.
Une architecture hybride haut de gamme
Sous le capot, le Flipper One abandonne l’architecture microcontrôleur basse consommation du modèle Zero pour s’armer d’un puissant processeur octa-core Rockchip RK3576, soutenu par 8 Go de RAM LPDDR5 et 64 Go de stockage flash interne. L’appareil intègre également un processeur graphique Mali-G52 ainsi qu’un processeur neuronal (NPU) de 6 TOPS dédié aux calculs et à l’inférence d’intelligence artificielle locale.
Pour piloter l’affichage et la gestion fine de l’alimentation de manière totalement indépendante du système d’exploitation principal, Flipper Devices a greffé un microcontrôleur secondaire Raspberry Pi RP2350. Cette architecture hybride et modulaire rappelle d’autres initiatives de terminaux open source alternatifs, à l’instar de ce que nous évoquions récemment au sujet du projet de console rétro portable Mecha Comet sous Linux.
Zero vs One : la bascule vers le réseau connecté (IP)
La distinction fondamentale entre le modèle Zero et le modèle One réside dans la gestion des couches de protocoles réseau :
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Layer ZERO (Flipper Zero) : dédié aux protocoles de proximité, d’accès et hors ligne. Il excelle dans la manipulation des ondes radio sub-GHz, du NFC, du RFID, de l’infrarouge ou des liaisons filaires directes (GPIO, UART).
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Layer ONE (Flipper One) : entièrement tourné vers l’univers IP connecté, le traitement de données à haute vitesse et le réseau mondial (Wi-Fi, Ethernet, cellulaire, satellite).

Connectique : du costaud
Le Flipper One fait ainsi l’impasse complète sur les puces radio de son grand frère pour concentrer sa connectivité sur des performances réseau de haut niveau. L’appareil embarque deux ports Ethernet Gigabit natifs, du Wi-Fi 6E (prenant en charge le mode moniteur pour l’audit d’infrastructure), un port USB à 5 Gbps et un emplacement d’extension M.2 Key-B permettant d’y intégrer un modem cellulaire 5G, un module de radio logicielle (SDR) ou un disque SSD NVMe. Une sortie HDMI 2.1 native capable de diffuser un flux 4K à 120 Hz complète cette connectique.

Et même un mode bureau pour remplacer un « PC »
Là où Flipper Devices pousse le concept de « cyberdeck » à son paroxysme, c’est dans sa capacité à s’effacer pour devenir un ordinateur de bureau traditionnel. Une fois relié à un moniteur externe via son port USB-C, le Flipper One bascule automatiquement en « Desktop mode » (Ndlr : mode bureau). Grâce au mode alternatif DisplayPort, l’appareil est capable de propulser un environnement Linux Desktop complet en 4K à 120 Hz. Cerise sur le gâteau : le boîtier prend en charge l’alimentation inversée pour se recharger directement depuis l’écran, tandis que sa fonction USB Hôte vous permet d’y connecter un clavier et une souris pour travailler comme sur un PC fixe.

Le pari du noyau Linux « Mainline » avec Collabora
Afin d’éviter le piège classique des cartes ARM du marché, trop souvent ralenties par des pilotes propriétaires opaques et des paquets de support de carte (BSP) obsolètes ou modifiés par les fondeurs, Flipper Devices s’est associé à la société de conseil Collabora. Ce partenariat technique vise à pousser l’intégralité du code et du support de la puce RK3576 directement au sein du noyau Linux principal (mainline).
L’objectif est d’offrir un système capable de tourner nativement depuis kernel.org, exempt de tout pilote non libre. À ce jour, un seul « blob » binaire subsiste dans la chaîne de démarrage pour l’initialisation de la mémoire vive (DDR trainer), et l’entreprise invite ouvertement la communauté à l’aider à l’éliminer ou à pousser Rockchip à ouvrir ses spécifications.
Parce que le développement d’un tel écosystème matériel et logiciel (baptisé Flipper OS et basé sur Debian) s’avère d’une complexité financière et technique vertigineuse, le cofondateur Pavel Zhovner a choisi la transparence absolue. L’entreprise vient d’ouvrir son portail de développement public, exposant sans fard ses outils de suivi de tâches, ses débats d’architecture internes et ses spécifications mécaniques.

La question : quand, combien ? Pas encore de réponse !
Aucune date de commercialisation ni aucun tarif n’ont encore été avancés en raison de tensions sur l’approvisionnement des composants, mais un premier prototype fonctionnel sera dévoilé publiquement lors de la conférence Embedded Recipes à Nice le 28 mai prochain.
Vous souhaitez rejoindre le projet ? Allez-y, c’est ouvert !
