La croissance exponentielle de l’intelligence artificielle générative s’accompagne d’une facture environnementale de plus en plus lourde. Face à ce défi, un collectif ligérien vient de lancer le projet Frugalia, une initiative de recherche et développement dotée d’une enveloppe d’un million d’euros sur 30 mois.
Soutenu par le fonds européen FEDER à hauteur de 60 %, ce projet ambitieux vise à mesurer scientifiquement, comprendre et enfin agir sur l’empreinte carbone des usages de l’IA. Le consortium réunit des experts aux compétences complémentaires : l’hébergeur éco-responsable DRI, l’éditeur de solutions de mesure Easyvirt et les chercheurs de l’IMT Atlantique.
L’objectif est clair : réduire l’empreinte carbone des usages de l’IA de 20 à 50 %. Pour y parvenir, l’équipe travaille sur trois innovations majeures qui couvrent l’intégralité de la chaîne, de la requête de l’utilisateur à l’infrastructure physique du data center. Le premier volet consiste à construire un modèle de mesure et de prédiction capable d’évaluer l’impact environnemental complet, incluant les modèles d’IA et les orchestrateurs comme Kubernetes. Cette base scientifique est indispensable pour identifier les véritables leviers d’optimisation matériels et logiciels.
Routage intelligent et prompts éco-conçus
Au-delà de la simple mesure, Frugalia développe des outils concrets pour transformer les usages. Un « routeur intelligent d’IA » verra le jour pour orienter chaque requête vers le modèle le plus pertinent, c’est-à-dire celui qui consomme le moins d’énergie tout en garantissant une qualité de réponse optimale. Parallèlement, le projet s’attaque à l’optimisation automatique des prompts. En simplifiant le vocabulaire et la syntaxe des requêtes via des techniques de pré-traitement, il est possible de réduire la complexité du calcul et la longueur des réponses induites, influençant directement la consommation énergétique globale.
Les travaux de recherche seront publiés dans des revues internationales, mais surtout, ils seront développés en open source. Cette approche garantit que la communauté bénéficiera de jeux de données de référence et de protocoles expérimentaux reproductibles pour faire progresser la frugalité numérique à l’échelle mondiale. Pour les acteurs privés du projet, l’industrialisation est déjà en vue avec l’intégration de ces innovations dans leurs solutions logicielles d’ici la fin de l’année 2028.
Mesurer n’est pas (encore) gagner
Le projet Frugalia s’attaque avec brio à la partie visible de l’iceberg : l’inférence. Si réduire la consommation des requêtes est une avancée majeure, le défi de la « frugalité » reste immense face à la phase d’entraînement des modèles, souvent réalisée sur des infrastructures opaques et délocalisées. Le pari de Frugalia est celui d’une transparence totale par l’open source : une arme nécessaire, mais qui devra faire face à la course aux armements des géants du secteur, dont la priorité reste souvent la puissance brute avant la sobriété.
