Le monde feutré du droit est en état de choc : en l’espace de quelques jours, deux plateformes d’IA juridique en accès libre sont venues dynamiter les modèles économiques des mastodontes du secteur. Alors que les start-ups Harvey et Legora affichent des valorisations insolentes de respectivement 11 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d’euros) et 5,5 milliards de dollars (environ 5,1 milliards d’euros), des développeurs-avocats prouvent que l’on peut faire aussi bien, gratuitement et en toute transparence.
D’un côté, Mike. De l’autre, Suzie. Deux IA, deux solutions… développées en open source. Ouf !
Mike : l’ex-associé de Big Law qui code plus vite que son ombre
L’histoire semble sortie d’un film : Will Chen, ancien associé du prestigieux cabinet Latham & Watkins, a publié fin avril Mike OSS (ou simplement « Mike ») sur GitHub. Son exploit ? Avoir recréé en seulement deux semaines les fonctionnalités phares des solutions propriétaires payées à prix d’or.
Sous licence AGPL-3.0, Mike propose une rédaction de contrats assistée, une révision de documents à la chaîne avec citations et des espaces de travail par projet. Le projet est devenu viral, dépassant les 1 000 étoiles en 72 heures, un record pour la legal tech sur GitHub. Selon Legal IT Insider, cette publication « change la donne des négociations » pour les cabinets d’avocats lors de leurs renouvellements de licences commerciales.

Suzie Law : le « vibe coding » au service des juristes
Le 6 mai, c’était au tour de Mathias Strasser, fondateur de Scissero, de lancer Suzie Law. Construit sur la plateforme Team Suzie, cet outil se présente comme une infrastructure agile sous licence MIT. L’idée de Strasser est limpide : la valeur ajoutée ne réside plus dans le chatbot lui-même, mais dans la couche métier et le workflow que chaque avocat peut désormais construire lui-même grâce au « vibe coding ».
Suzie Law permet de discuter avec un assistant spécialisé (« Counsel »), d’analyser des liasses de contrats et de générer des mémos au format .docx. Par défaut, la version hébergée utilise Qwen 3.6-Plus d’Alibaba (bien moins cher que les modèles américains), mais l’outil est agnostique et peut tourner sur n’importe quel LLM.

Une aubaine pour la souveraineté européenne ?
Bien que ces projets soient nés dans la sphère anglo-saxonne (Will Chen est aux US, Mathias Strasser à Londres), ils sont cruciaux pour l’Europe et la France. Pourquoi ? Contrairement aux « boîtes noires » comme Harvey, ces outils sont auto-hébergeables. Les documents confidentiels ne quittent jamais l’infrastructure du cabine. Ils permettent de s’affranchir des tarifs par poste prohibitifs des éditeurs US. Enfin, étant open source, ils peuvent être facilement « nourris » de jurisprudence française ou européenne sans dépendre du bon vouloir d’un éditeur californien.
Comme le souligne Non-Billable, cette vague open source répond enfin aux inquiétudes de la profession sur la dépendance aux fournisseurs et l’opacité des systèmes. Le secret professionnel a enfin trouvé ses outils à l’ère de l’IA.
