C’est un signal faible qui en dit long sur l’état de santé du fondeur de Santa Clara. Dans le silence le plus complet, Intel a mis fin cette semaine à son initiative Open Ecosystem Community and Evangelism. La nouvelle, repérée par Phoronix, s’est matérialisée par l’archivage pur et simple du dépôt GitHub dédié au programme.
Pour une entreprise qui a passé les deux dernières décennies à se forger une identité de champion du logiciel libre pour mieux vendre son silicium, ce retrait ressemble à un aveu de faiblesse historique. Katherine Druckman, figure de proue de cette stratégie et animatrice du podcast « Open at Intel », a elle-même confirmé la fermeture sur LinkedIn. Elle était, semble-t-il, la dernière survivante d’une équipe autrefois florissante avant que le couperet ne tombe.

Une restructuration au prix du sang (et du code)
Ce sabordage n’est pas un incident isolé, mais la conséquence directe de la cure d’austérité brutale imposée par le PDG Lip-Bu Tan. Depuis sa prise de fonction en 2025, l’entreprise est passée en mode survie. Le plan est titanesque : réduire les effectifs de 109 000 à 75 000 employés. Ce sont plus de 24 000 postes qui disparaissent, touchant aussi bien les usines que les centres de recherche d’élite. Entre l’annulation des projets de fonderies en Allemagne et en Pologne et le ralentissement du chantier géant en Ohio, Intel n’a plus les moyens de ses ambitions logicielles.
L’archivage touche des projets pourtant stratégiques, comme Predictive Assets Maintenance, une boîte à outils IA destinée à anticiper les pannes industrielles (elle aussi « archivée »). En abandonnant ces dépôts, Intel renonce à influencer l’écosystème au moment même où la guerre de l’IA exige une présence constante auprès des développeurs.
La souveraineté sacrifiée sur l’autel du bilan comptable ?
On ne gagne pas la bataille de la souveraineté numérique uniquement avec des transistors ; on la gagne en convainquant les développeurs de construire sur son architecture. L’équipe d’Arun Gupta, vice-président de l’Open Ecosystem, l’avait compris : l’open source était le cheval de Troie d’Intel pour imposer ses plateformes dans le Cloud et l’Edge Computing.
Certes, Intel conserve pour l’instant ses joyaux comme OpenVINO, mais en coupant le lien humain avec la communauté, l’entreprise prend un risque immense. À l’heure où ARM et RISC-V gagnent du terrain grâce à des écosystèmes dynamiques, se replier sur soi-même est un pari dangereux.
