Scène inhabituelle au World Government Summit de Dubaï le 4 février 2026 : Joseph Tsai, cofondateur et président d’Alibaba, l’un des géants tech chinois, plaide publiquement pour l’intelligence artificielle open source comme seul moyen pour les nations de « revendiquer leur souveraineté » sur leurs capacités d’IA.
On a regardé la vidéo pour vous. Et le message est clair : dans un monde où l’IA devient aussi stratégique que l’électricité, laisser quelques entreprises américaines ou chinoises contrôler les modèles revient à abandonner sa souveraineté numérique.
Le World Government Summit 2026, qui s’est tenu du 3 au 5 février sous le thème « Façonner les gouvernements du futur », a réuni plus de 35 chefs d’État et 150 délégations gouvernementales. L’IA souveraine était clairement au cœur des préoccupations.
« Vous pouvez revendiquer votre souveraineté »
L’argument de Tsai repose sur une logique simple à comprendre : les modèles d’IA open source permettent aux gouvernements de déployer l’intelligence artificielle sur leur propre infrastructure sécurisée, sans avoir à envoyer de données sensibles vers des serveurs étrangers.
« Avec l’open source, vous pouvez revendiquer votre souveraineté sur vos capacités d’IA« , déclare-t-il lors de la session intitulée « L’avenir de l’IA ». Cette approche répond aux préoccupations croissantes concernant la confidentialité des données et la sécurité nationale qui accompagnent l’adoption rapide de services d’IA hébergés chez OpenAI, Microsoft, Google ou… Alibaba.
Le paradoxe n’échappe à personne : le patron d’un géant tech qui vend des services cloud plaide pour que les États reprennent le contrôle de leurs infrastructures d’IA. Mais Tsai assume parfaitement cette position, expliquant que la stratégie chinoise en matière d’IA découle d’une histoire de marché unique où les modèles SaaS (Software as a Service) n’ont jamais vraiment mûri, créant un environnement propice au développement d’alternatives ouvertes.
Les modèles Qwen d’Alibaba : 30% du marché opérationnel
Cette orientation stratégique a porté ses fruits. Les modèles Qwen d’Alibaba sont devenus l’un des systèmes d’IA open source les plus largement adoptés dans le monde. Les modèles open source chinois capturent environ 30% du marché de l’IA « opérationnelle », notamment dans le support au développement informatique et les applications d’entreprise.
Tsai souligne que cette adoption massive s’explique par la disponibilité du code, la possibilité de l’auditer, et surtout la capacité de le déployer sans dépendance externe. Pour les gouvernements et les entreprises sensibles, c’est un argument massue.$
« Avec l’open source, vous pouvez revendiquer votre souveraineté sur vos capacités d’IA«
Pas de bulle IA, juste une transformation
Autre sujet abordé lors de la session : la question de la bulle spéculative dans l’IA. L’investissement mondial dépasse désormais 1 500 milliards de dollars (≈ 1 380 Mds €), et les hyperscalers consacrent plus de 100 milliards de dollars (≈ 92 Mds €) par trimestre à l’IA et aux infrastructures connexes.
Tsai reconnaît qu’aucun retour sur investissement clair n’a été établi pour de nombreuses initiatives d’IA, mais considère ces investissements comme anticipatifs plutôt que spéculatifs. « Les entreprises investissent en prévision de la demande anticipée – c’est une dynamique transformationnelle, pas un excès spéculatif« , explique-t-il.
Un revirement par rapport à ses déclarations de mars 2025 lors du HSBC Global Investment Summit, où il avait exprimé des inquiétudes concernant la construction de centres de données dépassant la demande initiale.
Ce que ça dit de l’équilibre géopolitique de l’IA
L’intervention de Joseph Tsai est symptomatique d’un basculement en cours. Pendant des années, le narratif dominant sur l’IA était binaire : soit vous utilisez les services des géants américains (OpenAI, Microsoft, Google), soit vous restez à la traîne technologiquement.
L’émergence de modèles open source performants – qu’ils viennent de Chine (Qwen d’Alibaba, DeepSeek), d’Europe (Mistral AI) ou d’initiatives communautaires – change radicalement la donne. Les États peuvent désormais déployer des infrastructures d’IA souveraines sans sacrifier les performances.
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