L’Europe a franchi un cap majeur, la semaine dernière, en inaugurant Jupiter, son premier superordinateur exascale, installé au centre de recherche Forschungszentrum Jülich en Allemagne. Capable de dépasser l’exaflop, soit plus d’un quintillion de calculs par seconde, il devient le système le plus puissant d’Europe et le quatrième au monde. Une avancée qui ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche scientifique, l’IA et la souveraineté numérique.
Annoncé officiellement par la Commission européenne, et par le chancelier Merz, Jupiter est présenté comme une « nouvelle ère du calcul scientifique européen ». Construit par le consortium franco-allemand ParTec–Eviden et équipé de près de 24 000 superpuces NVIDIA Grace Hopper, il occupe 3 600 m² et fonctionne exclusivement à partir d’énergies renouvelables. Classé premier au Green500, il est aujourd’hui le supercalculateur exascale le plus économe en énergie au monde. Son financement de 500 millions d’euros est partagé entre l’UE (via l’entreprise commune EuroHPC JU) et l’Allemagne. L’objectif est clair : réduire le retard de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine dans le domaine du calcul intensif et de l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle.
« C’est l’un des quatre ordinateurs les plus rapides au monde, et il est désormais situé en Allemagne », – Chancelier F. Merz.
Avec Jupiter, les chercheurs pourront exécuter des modèles climatiques à l’échelle du kilomètre, offrant des prévisions plus fines des vagues de chaleur, tempêtes ou inondations. Mais la portée dépasse largement la seule science du climat : le supercalculateur devient une ressource stratégique pour l’intelligence artificielle. Il alimentera directement la European AI Factory (JAIF), annoncée en mars 2025, qui doit permettre de former des modèles de langage massifs et de soutenir les technologies de nouvelle génération.
Un levier pour l’open source européen
Si Jupiter n’est pas lui-même open source, son rôle est crucial pour soutenir le développement de modèles d’IA ouverts et souverains. Des initiatives comme OpenGPT-X ou TildeLM, qui visent à créer des modèles multilingues adaptés aux besoins européens, pourront s’appuyer sur cette infrastructure. En permettant aux chercheurs, universités et PME d’entraîner et de déployer des modèles open source sans dépendre d’APIs propriétaires, Jupiter renforce la souveraineté numérique et offre une alternative crédible aux solutions américaines ou chinoises. Comme le souligne la FAQ officielle de Jupiter, l’exascale n’est pas seulement une prouesse technique, mais une condition pour garder l’Europe compétitive dans la course mondiale à l’IA.
L’inauguration de Jupiter s’inscrit dans une stratégie plus large : la création d’un réseau de Gigafactories d’IA en Europe. Ces infrastructures, financées par EuroHPC, fourniront puissance de calcul, accès aux données et expertise pour développer des modèles spécialisés dans la santé, le droit, le climat ou l’éducation.
