La Chine, prête à prendre la tête du développement de l’IA open source ?

Alors que les États-Unis débattent encore de la meilleure manière d’ouvrir leurs modèles d’intelligence artificielle, la Chine a déjà pris une longueur d’avance sur le reste du monde, Europe compris (sans commentaire). Selon une enquête du Washington Post, les entreprises chinoises publient désormais la majorité des modèles d’IA open source dans le monde, dominent les classements de performance sur Hugging Face et attirent la majorité des nouveaux contributeurs.

À la fin de 2025, six des dix modèles d’IA les plus populaires sur Hugging Face — la plus grande plateforme mondiale d’IA libre — proviennent de Chine. La startup DeepSeek truste la première place avec ses modèles appréciés pour leur efficacité et leur coût réduit, tandis qu’Alibaba s’impose avec sa série Qwen, dont les dérivés représentent à eux seuls plus de 40 % des nouveaux modèles publiés chaque mois. À titre de comparaison, la part de Meta, pionnière avec Llama, est tombée à environ 15 %, contre près de 50 % un an plus tôt.

Une stratégie nationale assumée

Ce succès ne doit rien au hasard. Pékin soutient activement la recherche open source comme levier de souveraineté technologique et d’innovation rapide. Les entreprises chinoises privilégient des cycles de publication très courts et un partage quasi systématique des modèles entraînés. « Elles construisent leur base d’utilisateurs en déployant fréquemment et rapidement », observe Irene Solaiman, directrice des politiques chez Hugging Face. Cette approche, à la fois communautaire et pragmatique, fait aujourd’hui des modèles chinois des références mondiales dans plusieurs domaines.

Autre avantage : le coût. Là où GPT-4 aurait nécessité plus de 100 millions de dollars d’entraînement, le modèle DeepSeek-R1 aurait coûté environ 6 millions — grâce à des architectures plus légères comme les mixtures of experts et des optimisations inspirées de la recherche académique open source. Résultat : des performances comparables, à une fraction du prix.

Washington sonne l’alarme

Aux États-Unis, cette bascule inquiète. Le Plan d’action sur l’IA publié par l’administration Trump en juillet 2025 appelle explicitement au développement de « modèles ouverts fondés sur les valeurs américaines », considérant l’IA open source comme un atout géostratégique. En réponse, Washington a lancé en août le Projet ATOM, une initiative publique-privée dotée de 10 000 GPU de dernière génération, censée relancer l’innovation open source sur le sol américain.

Mais les géants américains semblent divisés. Meta, autrefois moteur de l’ouverture avec Llama, restreint désormais la diffusion de ses modèles les plus puissants, tandis qu’OpenAI n’a rouvert une partie de son code qu’en août dernier — pour la première fois depuis six ans.

En plaçant l’open source au cœur de sa stratégie industrielle, la Chine a inversé le rapport de force : ses modèles dominent désormais les classements, les usages et les forks sur GitHub et Hugging Face. Ce virage pourrait à terme rebattre les cartes du leadership mondial en intelligence artificielle — non pas par la taille des modèles, mais par leur ouverture, leur efficacité et leur adoption massive.

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