Faut-il enfin passer des paroles aux actes en matière de logiciel libre dans l’Éducation nationale ? C’est la question que pose l’APRIL en réaction à la reconduction massive d’un contrat-cadre avec Microsoft. Dans le sillon du principe « argent public, code public », l’association appelle le ministère à mettre en œuvre une véritable politique en faveur des logiciels libres, et non plus à se contenter d’effets d’annonce.
En janvier 2023, la « stratégie numérique pour l’éducation 2023-2027 » du ministère affichait explicitement la priorité au logiciel libre. Deux ans plus tard, les faits racontent une autre histoire : un nouvel « Open Bar » Microsoft (ce sont les mots d’APRIL) est mis en place pour quatre ans, avec un montant maximal fixé à 152 millions d’euros, selon un avis officiel publié au Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP).
Cette décision renforce une dépendance déjà ancienne, alors même que le ministère rappelait récemment, dans une circulaire du 28 février 2025, que l’École doit rester neutre vis-à-vis des suites collaboratives commerciales, afin de ne pas conditionner les élèves aux outils d’un éditeur privé.
Le CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) a lui aussi vivement réagi, dénonçant non seulement cet accord-cadre, mais également la migration des services informatiques de l’École polytechnique vers Microsoft 365, une décision prise sans véritable concertation (Communiqué du CNLL).
Une dépendance toujours plus coûteuse
Pour l’APRIL, ces décisions illustrent l’absence de volonté politique forte pour sortir de l’emprise des grands éditeurs propriétaires. Au lieu de construire progressivement une souveraineté numérique nationale, l’État entretient une dépendance coûteuse, pour les finances publiques comme pour la protection des libertés individuelles.
La loi impose pourtant une priorité au logiciel libre dans l’enseignement supérieur depuis 2013, et encourage son usage dans les administrations depuis la loi pour une République numérique de 2016. Mais dans les faits, cet objectif reste largement lettre morte.
À l’Assemblée nationale, le député Philippe Latombe a interpellé le gouvernement à travers deux questions écrites. Il demande d’une part l’annulation de la migration vers Microsoft 365 à Polytechnique, et d’autre part la remise en cause du nouvel Open Bar signé par le ministère. Une démarche qu’il poursuit avec constance depuis plusieurs années, dénonçant déjà en 2022 « l’impression d’une administration vendue à Microsoft » (Lire ici).
« Argent public, code public » : de la déclaration à l’action
Face à ce constat, l’APRIL réaffirme son appel : il est urgent d’aller au-delà des déclarations de principe et de construire une vraie politique publique en faveur des logiciels libres et des formats ouverts. À défaut, le risque est d’aggraver encore une dépendance technologique dont les conséquences se feront sentir durablement sur la souveraineté numérique française.
