Chaque année, en France, des milliers de piles usagées échappent aux filières de recyclage. Le paradoxe est frappant : alors même que la société se mobilise ces dernières années pour une consommation plus durable, des objets du quotidien, aussi répandus que les piles, continuent de polluer massivement notre environnement. C’est le grand angle mort de la transition écologique.
Une tribune de Louise Nygaard Rønne, responsable du développement durable chez Bower
Des gestes simples… encore trop rares
En France, 15 % des piles sont encore jetées dans les ordures ménagères, et 5 % stockées indéfiniment dans des tiroirs, faute de solutions perçues comme simples, accessibles, ou même connues selon l’éco-organisme Corepile. Pourtant, le tri permet d’éviter que des substances toxiques comme le plomb, le cadmium ou le lithium ne s’échappent dans la nature. Trier, c’est aussi permettre la récupération de métaux précieux comme le nickel ou le zinc, réutilisables dans la fabrication de nouveaux produits comme des bijoux, des couverts, des vélos, des boites de conserve ou encore de la quincaillerie.
A l’échelle de l’Union Européenne, environ 35 000 tonnes de piles sont jetées de manière inappropriée par les ménages. Une aberration écologique quand on sait que les composants d’une pile usagée peuvent être recyclés à plus de 77 % et que ces dernières sont aussi à l’origine de dangers très concrets si elles ne sont pas correctement triées.
Les conséquences d’un mauvais tri ne sont pas uniquement liées à des questions de pollution puisque les piles représentent également un danger direct pour les collectivités. Selon le ministère de la Transition écologique, en France, le nombre d’incendies dans les centres de traitement des déchets liés à des piles mal triées a doublé entre 2019 et 2023. Ces incidents surviennent lorsque des piles, souvent celles au lithium-ion, sont jetées dans les mauvaises poubelles. Si ces piles sont endommagées, elles libèrent de l’hydrogène qui s’enflamme au contact de l’eau et provoque des courts-circuits et des départs de feu.
C’est un phénomène déjà bien documenté au Royaume-Uni, où plus de 1 200 incendies de centres de déchets ont été liés à des batteries en 2023. Le problème est le même de ce côté de la Manche : une méconnaissance du tri, une absence d’incitations aux bons gestes, et une perception erronée des piles comme « jetables » et inoffensives.
Changer les habitudes avec la technologie et la pédagogie
L’écologie ne progressera vraiment que si elle devient une habitude du quotidien. Trop longtemps, le tri des déchets a été perçu comme une tâche complexe, peu gratifiante, voire opaque. Il est temps de replacer le consommateur au cœur du processus, en levant les obstacles pratiques, en simplifiant l’accès à l’information, et surtout, en valorisant chaque geste de tri.
Cela suppose aussi de s’appuyer sur de nouveaux usages. Les smartphones, véritables outils du quotidien, peuvent devenir des alliés des gestes écoresponsables par exemple.
En pratique, les réseaux sociaux ou les applications peuvent jouer un rôle de caisse de résonance, en valorisant les comportements vertueux et en diffusant les bons réflexes. Le recyclage doit se dépoussiérer et s’ancrer dans les codes d’aujourd’hui pour transformer les habitudes de demain et cultiver des communautés récompensant l’effort, aussi minime soit-il. En faisant preuve de pédagogie et en rendant tangible le bénéfice collectif de ces micro-engagements individuels, toute la famille peut se prêter « au jeu du tri des déchets ». Cette incitation symbolique redonne du sens et de la reconnaissance à un comportement vertueux.
C’est en développant une culture du recyclage plus intuitive, plus motivante, et plus accessible, que nous pourrons enfin combler cet angle mort de la transition écologique.
