Il y a un an à peine, Mark Zuckerberg se posait en nouveau messie du logiciel libre. Dans une lettre ouverte vibrante publiée sur Goodtech, le PDG de Meta comparait le développement de l’IA à celui de Linux, promettant que l’ouverture l’emporterait inévitablement sur les modèles fermés d’Unix (et donc de ses rivaux OpenAI et Google). « L’open source est plus sûr, plus efficace et plus innovant », clamait-il.
Aujourd’hui, ces belles paroles semblent s’être évaporées dans la chaleur des datacenters. Selon une information dévastatrice de CNBC, Meta développe (en secret) un nouveau modèle d’IA, nom de code « Avocado », dont la sortie est prévue pour début 2026. La nouveauté ? Il serait propriétaire. Fini le partage, place au verrouillage.
Llama 4 : l’échec qui a tout changé
Ce revirement brutal ne sort pas de nulle part. Il est la conséquence directe de l’accueil mitigé réservé à Llama 4. Censé écraser la concurrence, le modèle a peiné à fédérer les développeurs, notamment à cause d’une licence faussement libre. Celle-ci exigeait déjà des permissions spéciales pour les entreprises de plus de 700 millions d’utilisateurs, créant des frictions majeures. Récemment, même la division semi-conducteurs de Samsung a jeté l’éponge, préférant développer sa propre solution (Gauss) plutôt que de subir les conditions de Meta et les « frictions inutiles ».
Face à des concurrents qui ne dorment pas — Google a sorti Gemini 3, OpenAI son GPT-5.1 et Anthropic son Claude Opus 4.5 — l’approche « ouverte » de Meta est devenue un luxe trop coûteux. Avec des dépenses d’investissement (CAPEX) qui explosent à 60 à 62 milliards d’euros pour 2025, les actionnaires demandent désormais des comptes, et surtout, de la rentabilité.
Alexandr Wang et la reprise en main
Le signe le plus visible de cette panique stratégique est le remaniement de l’été 2025, rapporte Business Insider. Meta a dépensé la coquette somme de 14,3 milliards de dollars pour s’offrir les services d’Alexandr Wang, le jeune fondateur de Scale AI, propulsé « Chief AI Officer ». À la tête des nouveaux Meta Superintelligence Labs (MSL), sa mission est claire : rattraper le retard, quitte à sacrifier l’idéologie.
Sous sa direction, l’ambiance a changé. Licenciement de 600 personnes, semaines de 70 heures pour les ingénieurs restants… L’heure n’est plus à la philosophie Linuxienne, mais à la guerre commerciale. D’ailleurs, lors de la dernière conférence sur les résultats d’octobre, Mark Zuckerberg n’a mentionné Llama qu’une seule fois. Un silence assourdissant pour celui qui jurait que son modèle deviendrait « le standard de l’industrie ». Sommes-nous déjà passés par là ? Oui, au temps du métavers.
Si Avocado se confirme comme un modèle fermé, cela marquera la fin d’une parenthèse singulière où l’une des entreprises les plus puissantes du monde a tenté, brièvement, de jouer le jeu du commun. Avant de se rappeler qu’elle était, avant tout, une entreprise de la Silicon Valley.
