Menacé par un possible démantèlement ordonné par la justice américaine, Google prend les devants pour sécuriser l’avenir de son navigateur. Le géant du web annonce la création des “Supporters of Chromium-Based Browsers”, un nouveau regroupement opéré par la Linux Foundation. Opera, Microsoft et Meta se joignent d’emblée à l’initiative, afin de soutenir le développement open source de Chromium, le projet à la base de nombreux navigateurs, dont Chrome, Brave, Opera et Edge.
Depuis quelques mois, on sait que le gouvernement américain envisage de demander à un juge de forcer Google à se séparer de Chrome, estimant que le groupe abuse de sa position dominante (90 % de parts de marché dans la recherche en ligne) pour renforcer son monopole. Face à la possibilité d’être dépossédé de son navigateur, Google anticipe en transférant la gouvernance de Chromium à un organe neutre, la Linux Foundation, tout en conservant la propriété de la marque « Chromium ».
C’est quoi Chromium ?
Lancé par Google en 2008, Chromium est un projet open source qui sert de base à de nombreux navigateurs Web. Chrome, Edge (Microsoft), Opera, Vivaldi ou encore Brave l’utilisent comme socle, y intégrant leurs propres services, interfaces et fonctionnalités. Chromium est également présent dans d’autres domaines :
- Électronique grand public (ex. téléviseurs connectés, enceintes intelligentes)
- Frameworks applicatifs (Electron)
- Applications internes (Bloomberg, SpaceX, etc.)
Le fait de confier ce projet à la communauté sous l’égide de la Linux Foundation est censé garantir un développement transparent et collaboratif, tout en limitant l’influence directe de Google.
Naissance des “Supporters of Chromium-Based Browsers”
La Linux Foundation et Google annoncent la création d’un regroupement baptisé “Supporters of Chromium-Based Browsers” (le nom reste en anglais et signifie « soutiens aux navigateurs basés sur Chromium »). Cet organisme a pour mission de :
- Financer et encourager les contributions open source au sein de l’écosystème Chromium
- Fédérer industriels, développeurs, universités et acteurs de la communauté autour d’objectifs communs
- Renforcer l’innovation en s’assurant que les différents projets du monde Chromium disposent des ressources nécessaires pour évoluer
Les membres fondateurs incluent :
- Google (via son équipe Chrome)
- Microsoft (éditeur d’Edge)
- Opera (navigateur basé sur Chromium)
- Meta (Facebook), intéressé par la plateforme pour ses projets liés au web
Le projet adoptera, selon le communiqué officiel, un modèle de gouvernance ouvert (inspiré d’autres initiatives de la Linux Foundation), avec la mise en place d’un comité consultatif technique chargé de veiller aux besoins de l’ensemble de la communauté Chromium.
Quel est l’enjeu ?
En cédant une partie de la tutelle de Chromium à la Linux Foundation, Google espère dissiper les soupçons d’abus de position dominante. Si la justice américaine impose un démantèlement (notamment la séparation de Chrome et de ses autres activités), Google veut pouvoir compter sur une structure open source solide pour maintenir l’écosystème sur lequel repose son navigateur.
Cette manœuvre permet aussi de partager la charge du développement avec d’autres géants du secteur (Microsoft, Meta, Opera…), qui s’engagent à apporter des financements et des contributions. En pratique, Chrome demeure la propriété de Google, mais l’ossature technique Chromium se trouve plus encore sous l’égide d’une fondation réputée indépendante, la Linux Foundation.
Enfin, ce rapprochement révèle la place centrale occupée par Chromium dans l’industrie du navigateur moderne : presque tous les navigateurs, excepté Firefox et Safari, en dépendent. Il s’agit donc d’une manière de pérenniser un socle technologique commun pour l’ensemble du web, tout en apaisant les tensions autour du monopole de Google.
Pour l’heure, Brave n’a pas encore réagi à cette annonce. Son navigateur est lui aussi basé sur Chromium.

