L'AV1 offre une meilleure qualité à débit égal, mais nécessite une puce récente pour être décodé efficacement.

Netflix bascule massivement sur l’AV1 : le tacle caché à Apple et ses « vieux » processeurs

C’est une victoire majeure pour le monde de l’open source face aux standards propriétaires verrouillés. Dans un long billet technique publié ce mardi, Netflix annonce une étape historique : 30 % de son streaming mondial repose désormais sur l’AV1, un codec open source. La plupart des appareils en circulation s’y conforment. Côté Apple, c’est moins évident. Explications.

Développé par l’Alliance for Open Media (dont Netflix est cofondateur), l’AV1 est un codec vidéo moderne, performant et surtout totalement libre de droits. Contrairement à ses prédécesseurs étouffés par les brevets, son code est accessible à tous (notamment via la bibliothèque open source dav1d). Netflix se félicite que 88 % des appareils certifiés sortis entre 2021 et 2025 soient compatibles. Mais derrière ce triomphe du logiciel libre se cache une réalité gênante : une grande partie du parc Apple actuel, pourtant vendu à prix d’or, est techniquement à la traîne.

Pourquoi Netflix mise tout sur l’open source (et vous aussi)

Pour comprendre l’enjeu, il faut regarder les gains concrets. L’AV1 n’est pas juste une mise à jour, c’est une rupture technologique par rapport aux vieux standards (H.264 et H.265/HEVC).

Selon les données de Netflix, ce codec ouvert permet :

  • 45 % d’interruptions en moins : le « buffering » (la petite roue de chargement) disparaît presque, même sur des réseaux saturés.

  • 33 % de bande passante économisée : à qualité visuelle égale, le fichier est un tiers plus léger, ce qui réduit la charge sur l’infrastructure mondiale d’Internet.

  • Une qualité visuelle supérieure : le score VMAF (la métrique de qualité de Netflix) est systématiquement plus élevé qu’avec les codecs traditionnels.

Mieux encore, l’ouverture du code a permis des innovations rapides comme la synthèse de grain de film. Au lieu de comprimer lourdement le grain d’un vieux film, l’encodeur l’enlève et envoie les paramètres pour que votre TV le « redessine » artificiellement. Résultat : une image cinéma respectée, sans exploser le débit.

AV1 open source et HDR10/
L’AV1 n’est pas juste une mise à jour, c’est une rupture technologique par rapport aux vieux standards (H.264 et H.265/HEVC)

L’éléphant dans la pièce : le retard matériel d’Apple

C’est là que le bât blesse. Pour lire de l’AV1 efficacement (sans vider votre batterie en 30 minutes), il faut un décodage matériel. La puce doit parler nativement ce langage open source. Windows, Linux et Android n’y ont opposé aucune résistance. Or, Apple a mis beaucoup de temps à intégrer ce standard libre. Si les puces M3 (Mac) et A17 Pro (iPhone 15 Pro) gèrent enfin l’AV1, le reste de la gamme est « aveugle » :

  • L’Apple TV 4K : La box de référence tourne sur une puce A15. Elle ne décode pas matériellement l’AV1.

  • L’iPhone 15 (standard) et 14 : Équipés de puces A16 ou A15, ils sont incompatibles matériellement.

  • Les iPad et Mac M1/M2 : Des machines puissantes, mais incapables de lire nativement ce format sans forcer sur le processeur (décodage logiciel).

Concrètement, cela signifie que sur ces appareils, Netflix doit soit basculer sur un codec plus ancien et moins performant, consommant plus de votre bande passante, soit forcer le décodage logiciel, ce qui draine la batterie sur mobile. Alors que Netflix prépare déjà le terrain pour l’AV2 et envisage l’AV1 pour le cloud gaming et le direct, la fragmentation matérielle d’Apple risque de priver une partie de ses utilisateurs de la meilleure expérience possible pendant encore… quelques années.

 

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