La robotique moderne avance à grands pas, mais l’un de ses plus grands défis reste l’écart entre simulation et réalité. Avec Newton, son nouveau moteur physique open source, NVIDIA entend combler ce fossé. Présenté à la conférence CoRL à Séoul, Newton s’impose déjà comme une brique du futur de la robotique open source.
La simulation est au cœur de l’apprentissage des robots. Avant de tester des algorithmes de locomotion, de manipulation ou d’interaction dans le monde réel, chercheurs et ingénieurs passent par des environnements virtuels. Le problème est bien connu : ce qui fonctionne dans la simulation échoue souvent face à la complexité du réel. C’est ce « sim-to-real gap » que Newton, le nouveau moteur physique annoncé par NVIDIA, veut réduire.
Développé en collaboration avec Google DeepMind et Disney Research, Newton est désormais intégré à Isaac Lab et placé sous la gouvernance de la Linux Foundation. Ce moteur open source repose sur Warp (le framework GPU de NVIDIA) et OpenUSD, ce qui lui permet de gérer des simulations multiphysiques avancées : interaction avec des tissus, matériaux granulaires comme le sable ou le gravier, et objets déformables. Il introduit également une physique différentiable, permettant aux robots d’apprendre plus vite en exploitant les gradients issus de la simulation.
Les performances indiquées sont impressionnantes : le solveur MuJoCo Warp intégré à Newton atteint des vitesses jusqu’à 152 fois supérieures pour la locomotion et 313 fois pour la manipulation par rapport à certaines solutions existantes, selon NVIDIA. Combiné aux GPU RTX les plus récents, le gain de rapidité s’avère décisif pour entraîner des robots dans des scénarios trop coûteux ou dangereux à reproduire en conditions réelles.
Newton n’est pas une expérimentation de laboratoire. De grands noms de la robotique comme Boston Dynamics et Agility Robotics ont déjà commencé à l’intégrer dans leurs flux de développement. Des institutions académiques telles que l’ETH Zurich, l’Université technique de Munich ou encore l’Université de Pékin l’utilisent pour la manipulation habile, la robotique tactile ou les applications de terrassement.
La communauté open source joue aussi un rôle central. En rejoignant la Linux Foundation, Newton devient un projet collaboratif, destiné à évoluer avec les contributions des chercheurs et des industriels. Comme l’explique Jim Zemlin, directeur exécutif de la fondation, « l’arrivée de Newton représente une étape importante pour la simulation collaborative en robotique, qui accélère le développement, réduit les coûts et rapproche le futur des robots ‘sim-to-real’. »
Avec Newton, NVIDIA poursuit sa stratégie autour du concept de physical AI : donner aux robots la capacité de raisonner, d’agir et de s’adapter dans des environnements imprévisibles. En combinant Isaac GR00T comme “cerveau”, Newton comme “corps simulé”, et Omniverse comme terrain d’entraînement, l’entreprise trace une feuille de route ambitieuse où l’open source occupe, semble-t-il, et c’est une excellente nouvelle, une place centrale.
