La guerre de l’intelligence artificielle vient de franchir le seuil des laboratoires numériques pour s’inviter dans le monde physique. Le géant chinois SenseTime a dévoilé Kairos 3.0, un « modèle du monde » en open source conçu pour servir de cerveau aux robots de demain. Portée par la nouvelle filiale Ace Robotics, cette technologie marque l’entrée fracassante de la Chine dans le domaine de l’intelligence spatiale, un secteur où s’affrontent déjà des titans comme Google DeepMind et xAI d’Elon Musk.
À la différence des modèles de langage classiques, Kairos 3.0 est capable de comprendre les lois physiques du monde réel. Il génère des vidéos haute définition en multi-vues qui permettent aux systèmes autonomes de simuler des interactions complexes avant même de les tenter dans la réalité.
Un marché colossal à 54 milliards d’euros
Cette approche permet d’entraîner des robots en toute sécurité dans des environnements virtuels. Pour Wang Xiaogang, cofondateur de SenseTime et président d’Ace Robotics, l’objectif est de « construire un parcours de développement indépendant pour que la Chine mène le monde dans cette technologie ».
Le lancement de Kairos 3.0 s’accompagne de la plateforme KaiWu, destinée à faciliter le développement d’applications d’intelligence incarnée. Pour prouver l’efficacité de son système, Ace Robotics a déjà dévoilé son premier produit : un chien robot autonome capable de naviguer seul, avec un objectif de commercialisation de plus de 1 000 unités dès l’année prochaine.
Les enjeux financiers sont vertigineux. Ainsi, le marché chinois de l’IA incarnée devrait atteindre 400 milliards de yuans (environ 54 milliards d’euros) d’ici 2030. Il pourrait même dépasser (accrochez-vous) le billion de yuans d’ici 2035.
Souveraineté et partenariat : l’offensive stratégique de SenseTime (et l’open source comme arme)
Au-delà de l’annonce logicielle, ce lancement s’inscrit dans un contexte de souveraineté technologique marqué. Placé sur liste noire par Washington pour des raisons liées aux droits de l’homme, SenseTime a été l’un des premiers acteurs chinois à se tourner vers des puces conçues localement pour propulser ses recherches en IA. Pour consolider cette indépendance, l’entreprise a officialisé jeudi un partenariat stratégique majeur. Ace Robotics s’allie désormais au fabricant de superordinateurs Sugon pour bâtir une filière chinoise complète (« full-stack ») dédiée à l’intelligence incarnée.
Pour Lin Dahua, cofondateur de SenseTime, cette bascule vers les systèmes multimodaux est une réponse directe au débat croissant sur les limites des modèles de langage classiques (LLM) comme ceux d’OpenAI ou de DeepSeek. Malgré une baisse de l’action de 4,06 % à la clôture de la bourse de Hong Kong suite à une augmentation de capital, SenseTime confirme sa position de « dragon de l’IA » prêt à mener la prochaine phase de l’intelligence spatiale mondiale.
Comme pour les outils de développement Python ou les standards d’agents IA, SenseTime mise sur l’ouverture pour s’imposer. Kairos 3.0 est accessible via des API cloud et prend en charge plusieurs types de puces, facilitant son adoption massive par l’industrie. En ouvrant son « cerveau robotique », SenseTime espère non seulement accélérer la recherche, mais surtout établir les standards chinois comme la norme mondiale de l’intelligence spatiale face à l’Amérique.
