C’était jusqu’ici une pratique réservée aux voyages en Chine ou en Russie. Désormais, la Commission européenne équipe certains de ses fonctionnaires en mission aux États-Unis de téléphones jetables et d’ordinateurs portables simplifiés, par précaution contre l’espionnage.
Selon le Financial Times, cette directive concerne notamment les commissaires et hauts responsables européens qui participeront cette semaine aux réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington. Le personnel est invité à éteindre ses appareils habituels dès l’arrivée sur le sol américain et à les placer dans des pochettes anti-espionnage. Une consigne déjà en vigueur lors des déplacements officiels vers la Chine, l’Ukraine, la Russie, ou d’autres zones jugées à risque.
Des craintes de surveillance américaine
« Ils craignent que les États-Unis ne pénètrent dans les systèmes de la Commission », a déclaré un responsable européen au Financial Times. Cette mise à niveau des règles de cybersécurité montre à quel point le climat de confiance avec Washington s’est dégradé, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier.
Depuis son retour, le président américain a intensifié la guerre commerciale avec l’UE, imposant des droits de douane dits « réciproques », tout en se montrant conciliant envers Moscou. Il a suspendu une partie de l’aide militaire à l’Ukraine et menacé à plusieurs reprises de retirer les garanties de sécurité accordées à l’Europe par l’OTAN. Pour certains à Bruxelles, « l’alliance transatlantique est terminée ».
Une méthode déjà bien connue… en Chine
L’usage de téléphones prépayés – ou burner phones – n’est pas nouveau dans le monde diplomatique. Il est couramment pratiqué par les délégations européennes en Chine pour éviter les interceptions. Mais le fait de l’appliquer désormais aux États-Unis constitue un changement symbolique fort. Cela signifie que Bruxelles considère désormais Washington comme un risque potentiel pour la sécurité numérique de ses institutions.
La prudence est alimentée par plusieurs cas récents de contrôle renforcé à la frontière américaine : certains voyageurs européens ont vu leurs téléphones ou ordinateurs personnels inspectés. En mars, un universitaire français s’est même vu refuser l’entrée sur le territoire américain après que des messages critiques envers la politique de Trump ont été découverts sur son téléphone.
Un nouveau marqueur de la souveraineté numérique
Cette décision souligne l’importance croissante des questions de souveraineté numérique pour les institutions européennes. Alors que les tensions commerciales et diplomatiques se durcissent, la maîtrise des infrastructures numériques – et la protection des données sensibles – devient un enjeu stratégique.
