Le cofondateur d’Ethereum, Vitalik Buterin, appelle à une refonte profonde de nos infrastructures numériques. Dans un (très long) billet de blog, il plaide pour une adoption généralisée de l’open source et de la vérifiabilité, qu’il considère comme des piliers indispensables pour l’avenir de la santé, de la finance et de la gouvernance.
Dans son manifeste intitulé The importance of openness and verifiability end-to-end, Buterin avertit : la dépendance actuelle aux systèmes propriétaires centralisés crée des risques de « monopoles, d’abus et de perte de confiance ». Pour lui, les sociétés qui tireront le plus de bénéfices de l’ère numérique ne seront pas celles qui consomment la technologie, mais celles qui la construisent de manière ouverte et transparente.
Il cite la pandémie de COVID-19 comme exemple frappant des limites d’une innovation cloisonnée : la production des vaccins, concentrée dans quelques pays, a exacerbé les inégalités. À l’inverse, des projets open source comme PopVax — soutenu par le fonds Balvi — illustrent comment la transparence peut réduire les coûts, renforcer la confiance du public et accélérer l’adoption.
Dans un billet précédent intitulé Only Open Source is Good Source, publié en août, Buterin affirmait déjà que « tout logiciel propriétaire est par défaut suspect » et qu’une véritable sécurité ne peut exister qu’avec un code ouvert, accessible et vérifiable par tous.
Buterin alerte en particulier sur la gestion des données de santé personnelles. Un système compromis pourrait, selon lui, permettre du chantage sur des maladies ou exploiter des données de géolocalisation pour planifier un enlèvement. Il va plus loin encore, évoquant les futures interfaces cerveau-ordinateur : un piratage réussi pourrait permettre à des acteurs malveillants de « lire ou écrire dans votre esprit ».
Son analyse dépasse la santé. Dans le domaine de la gouvernance, il critique les machines de vote électroniques, qualifiées de « boîtes noires logicielles » minant la confiance démocratique. À titre d’illustration, il compare la lourdeur des processus juridiques traditionnels — un formulaire signé lui ayant coûté 119 € et une demi-heure de démarches — avec une transaction Ethereum réglée en 5 secondes pour l’équivalent de 0,10 €.
Une ouverture “full-stack”
Pour éviter ces dérives, Buterin prône une « ouverture et vérifiabilité full-stack », couvrant logiciels, matériels et même systèmes biologiques. Il plaide pour l’intégration généralisée de technologies cryptographiques avancées comme les preuves à connaissance nulle (ZKP) et le chiffrement homomorphe, afin de permettre des calculs sûrs, transparents et respectueux de la vie privée.
Pour Buterin, la conclusion est claire : l’avenir ne peut pas être confié à des systèmes fermés, opaques et contrôlés par quelques acteurs. La seule voie viable repose sur une infrastructure numérique ouverte, vérifiable et résiliente.
