100 jours de gouvernement allemand… et toujours pas d’action forte pour le logiciel libre

Cent jours après l’arrivée au pouvoir de la coalition CDU/CSU/SPD, la Free Software Foundation Europe (FSFE) dresse un constat amer : les ambitions affichées pour promouvoir le logiciel libre dans l’administration publique n’ont pas été suivies d’actions concrètes.

Pourtant, l’accord de coalition évoquait clairement la priorité au logiciel libre afin de renforcer la souveraineté numérique et réduire la dépendance aux géants du logiciel propriétaire. Mais les premières décisions gouvernementales ne traduisent pas cet engagement dans les faits.

Le projet de loi sur l’accélération des marchés publics (Vergabebeschleunigungsgesetz), adopté le 6 août 2025, aurait pu donner un signal fort. Mais il ne comporte aucune disposition claire en faveur du logiciel libre. Pire, l’initiative baptisée Germany Stack risque, selon la FSFE, de se transformer en “projet silo” purement national, dépourvu de la coopération européenne, de la transparence et de l’implication de l’écosystème libre nécessaires à sa réussite.

La question de savoir si ce stack sera intégralement développé sous licence libre reste floue, tout comme le financement. Le budget fédéral 2025 ne prévoit ni financement pérenne ni ressources suffisantes pour soutenir durablement les projets open source de l’État.

Souveraineté numérique : des paroles aux actes

« Si le gouvernement fédéral est sérieux sur la souveraineté technologique, il doit systématiquement miser sur le logiciel libre », rappelle Johannes Näder, Senior Policy Project Manager à la FSFE. Priorité dans les marchés publics, financement stable et coopération avec l’Union européenne seraient, selon lui, les trois conditions indispensables pour garantir l’indépendance vis-à-vis des fournisseurs propriétaires, l’interopérabilité et l’innovation réelle.

L’organisation appelle aussi à la collecte et publication régulières de données sur l’usage du logiciel libre dans les administrations. Un principe en phase avec la campagne Public Money? Public Code!, qui défend l’idée simple : tout logiciel financé par de l’argent public devrait être publié sous licence libre.

Un enjeu européen

Au-delà des frontières allemandes, ce débat illustre un défi majeur pour tous les États membres : comment bâtir des infrastructures numériques pérennes, ouvertes et interopérables, qui ne dépendent pas d’acteurs privés fermés ?

En attendant une politique plus volontariste, la FSFE publiera en fin de semaine une analyse complète de l’action gouvernementale, suivie d’une présentation à la conférence FrOSCon. Le verdict s’annonce, on l’a deviné, sans concession.

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