Le fabricant tchèque de synthétiseurs Bastl Instruments vient de frapper un grand coup dans le monde de la MAO DIY. Après des années à vendre ses modules Eurorack et synthés portables en version assemblée, la boîte de Brno balance maintenant des kits à monter soi-même et ouvre une grosse partie de son code source. Un changement qui sent bon la souveraineté technologique européenne et qui devrait ravir les bidouilleurs de signaux audio.
Le message est clair : vous voulez hacker votre synthé ? Go, tout est là. Vous voulez juste un truc qui marche out-of-the-box ? On vend aussi ça.
Kits DIY et licences ouvertes : Bastl joue la carte du hardware hacké
Le programme open source de Bastl couvre le Kastle 2 (synthé portable au format poche) et les modules Citadel pour racks Eurorack. Le Kastle 2 en kit DIY est proposé à 128 € HT, tandis que le kit Citadel grimpe à 194 € HT. Des façades personnalisées pour chaque firmware sont vendues entre 20 € et 25 €, histoire de matcher l’esthétique avec le code qui tourne dessus.
Côté licences, Bastl ne fait pas semblant :
- Code principal, bibliothèque DSP et calibration V/Oct : licence MIT
- Firmware FX Wizard (multi-effets) et Wave Bard (lecteur d’échantillons) : licence MIT
- Schémas électroniques, documentation, modèles de façades, fichiers 3D des boîtiers : licence CC-BY-SA
- Enregistrements vocaux pour les fonctions système : licence CC0 (domaine public)
Le tout tourne sur un Raspberry Pi Pico, dans une approche similaire au Workshop System de Music Thing Modular. Bastl fournit une bibliothèque DSP optimisée et des templates avec doc complète pour écrire ses propres firmwares en C++, selon CDM.
Le compte GitHub de Bastl est désormais bien garni.
Open source, oui, mais pas naïf : ce que Bastl garde pour lui
Bastl n’est pas tombé de la dernière pluie. L’entreprise tchèque a soigneusement sélectionné ce qu’elle ouvre et ce qu’elle garde propriétaire pour préserver son modèle économique. Comprendre : on vous donne les outils pour hacker, mais on ne vous facilite pas le clonage industriel.
Ce qui reste fermé :
- Le firmware (logiciel interne) Alchemist (le nouveau module Citadel avec synthèse hybride FM/filtre/supersaw/hypersine/glitch noise), réservé pour de futurs projets commerciaux
- Les schémas de circuits imprimés et fichiers gerber de production (pour éviter les clones 1:1)
- Les banques d’échantillons d’usine (téléchargeables pour usage perso, mais interdites de redistribution dans des produits dérivés)
- Les gabarits de test, procédures de production et polices custom
Bastl assume totalement : « Cela empêche le simple clonage du produit et préserve l’intégrité du Kastle 2 original », explique la boîte, selon CDM.
Alors qu’on ne parle que de souveraineté technologique européenne, voir un fabricant tchèque ouvrir son code tout en protégeant son business est un sacré équilibre. Pour les bidouilleurs, c’est Noël. Pour les cloneurs chinois, c’est la douche froide.
Le Citadel Alchemist, lui, reste en version assemblée et commence à faire parler sur les forums, notamment sur MatrixSynth. Version préassemblée du Kastle 2 Wave Bard dispo à 196 € pour ceux qui ont deux mains gauches avec un fer à souder.
