Portrait du président chinois Xi Jinping détouré en noir et blanc sur un fond rouge vif

« Guerre froide » et modèles ouverts : comment la Chine veut rallier les BRICS face au cartel de l’IA américain

Près de 30 partenaires semblent séduits par cette manœuvre diplomatique taillée pour déclasser les géants de la Silicon Valley : Pékin passe à l’offensive sur le terrain des architectures ouvertes. Lors du 18e sommet des BRICS à New Delhi, le président chinois Xi Jinping a pris de court l’administration américaine en proposant la création d’une « Zone Open Source IA des BRICS ». Analyse.

Cette initiative stratégique, formulée pour bâtir un écosystème partagé autour des grands modèles linguistiques et de l’entraînement distribué, intervient au moment précis où les barons de la tech américaine implorent les gouvernements de décréter une pause réglementaire.

💡 C’est quoi la « Zone Open Source IA » des BRICS ?

Proposée par Pékin dans le cadre du projet « Grand BRICS », cette communauté technique mutualise les infrastructures d’entraînement, le partage de jeux de données et le déploiement de modèles à poids ouverts (open weight). Elle entend offrir aux pays émergents du Sud global une alternative souveraine et abordable face aux interfaces de programmation (API) propriétaires et fermées des multinationales californiennes.

Plaidoyer d’Anthropic, réplique de Pékin

La proposition chinoise torpille directement la tribune choc publiée ce week-end par Dario Amodei, directeur général d’Anthropic, appuyé publiquement par Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk. Dans cet essai intitulé We Must Pace the Frontier, le dirigeant américain appelait à freiner délibérément la progression des capacités des modèles les plus avancés au nom de la sécurité globale, tout en exigeant un durcissement des embargos sur les puces électroniques destinées à la Chine. Les révélations d’agences fédérales américaines accusant les laboratoires de l’Empire du Milieu de « distiller » clandestinement les architectures des modèles américains ont mis le feu aux poudres.

La réponse des autorités de Pékin ne s’est pas fait attendre. Comme le détaille l’enquête de correspondants de terrain de NBC News sur le refus chinois de ralentir l’IA, le porte-parole diplomatique chinois, Guo Jiakun, a balayé des manœuvres fondées sur la peur et la concurrence hostile. Le quotidien étatique Global Times qualifie les atermoiements américains de « manuel de la Guerre froide » visant avant tout à préserver le monopole technologique de Washington au détriment de l’innovation mondiale.

Cette rhétorique sécuritaire ne fait d’ailleurs pas l’unanimité outre-Atlantique : interrogé depuis son complexe hôtelier en Irlande, Donald Trump a lui-même écarté d’un revers de main ces mises en garde apocalyptiques, martelant que « celui qui gagne l’IA gagne tout ». Une posture offensive partagée en miroir par le ministre chinois de la Sécurité d’État, Chen Yixin, qui érige désormais l’intelligence artificielle en arène prioritaire de rivalité technologique.

Pour le Président américain, le plaidoyer du patron d’Anthropic relève d’un « hoax » (traduction : une fausse information). La solution ? Un président américain avec un « QI élevé ».

L’ouverture comme levier d’émancipation pour le Sud global

En championne autoproclamée des architectures accessibles, la Chine capitalise sur la percée technique spectaculaire de ses champions nationaux. Les modèles à poids ouverts de DeepSeek et la famille Qwen conçue par Alibaba rivalisent désormais frontalement avec les solutions fermées de pointe, pour un coût d’exploitation divisé par dix.

L’Organisation mondiale de coopération sur l’IA est née : cette structure impulsée par la Chine revendique déjà l’adhésion d’une trentaine d’États cherchant à s’émanciper des monopoles occidentaux. Leur objectif : lindépendance matérielle et logicielle : fournir des piles techniques libres (entendez « open weight ») pour permettre aux nations partenaires d’entraîner leurs propres modèles sans risquer de sanctions unilatérales ou de coupures d’accès. Avec une nuance sémantique à ne pas perdre de vue, tant elle est capitale : là où l’écosystème (de Pékin à la Silicon Valley) revendique l’« open source », il s’agit en réalité d’« open weights » (poids ouverts). Une distinction commode qui permet de garder secrètes les données d’entraînement. Seuls les paramètres du modèle sont publiés.

Le duel idéologique entre l’enfermement propriétaire sous bannière sécuritaire et la diffusion massive de modèles ouverts atteindra son paroxysme le 24 septembre 2026 à Washington, date du tête-à-tête bilatéral très attendu entre Donald Trump et Xi Jinping. Dans cette confrontation où chaque bloc tente d’imposer ses standards, la Chine utilise l’ouverture du code et des pondérations mathématiques comme un bélier diplomatique redoutablement efficace.

CG

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