L’année 2024 a encore franchi un palier en termes de cybermenaces, avec un nombre record d’attaques aussi bien menées par des groupes cybercriminels que par des acteurs étatiques. C’est le constat dressé par Andy Garth, ancien ambassadeur britannique et aujourd’hui directeur Affaires Gouvernementales chez ESET. Il nous a livré ses observations et ses prévisions.
Alors que certaines opérations majeures de cybercriminalité ont pu être entravées, comme le démantèlement (temporaire) de Lockbit, dont nous vous parlions dans cet article, de nombreuses menaces demeurent : attisées par les tensions géopolitiques et les nouvelles failles liées aux progrès technologiques.
Selon Andy Garth, plusieurs pays ont considérablement renforcé leurs activités de cyberespionnage et de sabotage. Des groupes alignés sur la Chine se sont ainsi distingués par une présence tentaculaire sur tous les continents, en ciblant des infrastructures vitales comme l’énergie ou les télécommunications. Les acteurs alignés sur la Russie ont continué de mener des opérations contre l’Ukraine et les États qui la soutiennent, tandis que ceux rattachés à l’Iran ont accru leur champ d’action au-delà du Moyen-Orient. Plus globalement, les attaques tirent parti des vulnérabilités au sein des chaînes d’approvisionnement et des grandes plateformes, sans oublier l’exploitation de l’IA générative pour alimenter des campagnes de désinformation toujours plus sophistiquées.
Face à cette escalade, la réponse réglementaire s’est intensifiée en 2024. Les Nations unies ont finalisé une convention contre la cybercriminalité, tandis que l’initiative « Pall Mall » soutenue par le Royaume-Uni et la France entend freiner l’usage abusif des logiciels espions. Au sein de l’Union européenne, plusieurs textes législatifs (AI Act, Cyber Resilience Act, Cyber Solidarity Act, NIS2) sont venus compléter l’arsenal de défense numérique, et d’autres dispositifs sont attendus en 2025 pour renforcer davantage la cyberdéfense européenne. De leur côté, les États-Unis ont mis à jour leur stratégie nationale de cybersécurité en la dotant d’une centaine d’initiatives, notamment pour la protection maritime, et l’Australie prépare un projet de loi incluant des mesures de résilience et une obligation de déclaration en cas de paiement de rançon.
Malgré ces efforts, les perspectives pour 2025 restent préoccupantes : l’adoption rapide de technologies émergentes, les vulnérabilités des systèmes d’IA et la multiplication des tensions géopolitiques favorisent l’essor de menaces toujours plus nombreuses et raffinées. Andy Garth estime ainsi que l’année à venir exigera une collaboration plus étroite entre gouvernements, entreprises et chercheurs en cybersécurité, afin de contenir des risques grandissants et de maintenir un niveau de protection satisfaisant pour les infrastructures critiques et la société civile.
