Si l’open source est désormais omniprésent dans les entreprises et les administrations européennes, une nouvelle étude de la Linux Foundation Europe révèle un paradoxe, publiée dans le cadre de l’Open Source Summit qui nous occupe beaucoup cette semaine. Oui, le logiciel libre est reconnu comme un moteur d’innovation, de compétitivité et même de souveraineté numérique. Mais voilà, faute de stratégie claire, d’investissements ciblés et surtout d’un engagement des dirigeants, l’Europe prend le risque de laisser filer son avantage.
Basé sur les témoignages de plus de 300 responsables IT et décideurs, le rapport “World of Open Source Europe 2025” souligne que l’adoption est massive : plus de 90 % des organisations tirent de la valeur de l’open source, notamment dans les systèmes d’exploitation, le cloud et l’IA. Pourtant, seuls 34 % disposent d’une stratégie formalisée et à peine 22 % ont créé un Open Source Program Office (OSPO), contre des chiffres bien plus élevés dans le reste du monde.
« L’écosystème open source européen est riche en talents et en adoption technique, mais il reste immature sur le plan stratégique », analyse Hilary Carter, vice-présidente recherche à la Linux Foundation. Derrière l’enthousiasme des ingénieurs, le manque de vision partagée et de gouvernance freine la montée en puissance de l’open source comme levier de souveraineté numérique. L’étude insiste aussi sur l’importance de l’open source dans un contexte géopolitique tendu. En réduisant la dépendance vis-à-vis de fournisseurs uniques, il devient un outil clé pour l’autonomie technologique de l’Europe. Certains experts plaident même pour la création d’une agence européenne du logiciel souverain, capable de financer le maintien des projets critiques.
Le rapport complet est accessible sur le site de la Linux Foundation, accompagné d’une infographie de synthèse. La voici (en anglais) :
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La Linux Foundation rappelle enfin que l’innovation ouverte ne connaît pas de frontières : l’Europe doit continuer d’encourager les contributions mondiales, tout en structurant son propre modèle de gouvernance. Faute de quoi, son leadership technologique pourrait s’éroder face aux États-Unis ou à l’Asie, plus rapides à transformer l’adoption open source en avantage stratégique.
