Selon une nouvelle étude de Red Hat, les entreprises françaises affichent une ambition claire : investir massivement dans l’intelligence artificielle. Mais entre la pénurie de compétences, les coûts de mise en œuvre et la prolifération de la « shadow AI », le passage à l’échelle reste laborieux. Analyse.
Près de 91 % des décideurs interrogés estiment que la France est, ou pourrait devenir d’ici trois ans, l’une des grandes puissances mondiales de l’IA. L’optimisme est donc réel. Pourtant, 89 % des entreprises reconnaissent ne pas encore générer de véritable valeur client à partir de leurs projets d’IA.
Les organisations prévoient pourtant d’augmenter leurs investissements de 34 % d’ici 2026, l’IA arrivant désormais en tête des priorités informatiques (75 %), devant le cloud hybride (73 %) et la virtualisation (72 %).
Le problème n’est pas la volonté — mais la mise en pratique. L’étude montre que 97 % des répondants évoquent des obstacles concrets à l’adoption de l’IA :
- le coût élevé du déploiement et de la maintenance (29 %)
- les enjeux de confidentialité et de cybersécurité (29 %)
- le cloisonnement entre départements IA et IT (27 %).
À cela s’ajoute un phénomène préoccupant : 91 % des entreprises déclarent faire face à des cas de shadow AI, c’est-à-dire l’usage non autorisé d’outils d’IA par les employés, souvent en dehors des politiques internes de sécurité.

La question des compétences et de la souveraineté
Près de 70 % des décideurs estiment que leur entreprise manque de talents en IA, notamment dans les domaines de l’IA agentique (57 %), de la connexion aux données d’entreprise (50 %) et de l’exploitation efficace des modèles (47 %). Ces chiffres traduisent un retard structurel dans la formation et la rétention de profils capables d’industrialiser l’IA, au-delà des simples expérimentations.
Sur le plan technologique, la souveraineté numérique émerge comme un frein majeur. 63 % des répondants citent les inquiétudes liées à la souveraineté des données comme le principal obstacle à l’adoption du cloud, tandis que la flexibilitéet le libre choix des fournisseurs figurent parmi les principaux moteurs d’adoption (79 %).
Face à ces tensions, l’open source apparaît comme le socle de confiance : 93 % des entreprises considèrent les logiciels ouverts comme essentiels pour la cybersécurité, 90 % pour la virtualisation et 89 % pour l’IA, à égalité avec le cloud hybride et la souveraineté numérique.
Une France ambitieuse mais encore prudente
Si la France affiche une confiance solide dans son potentiel, elle reste légèrement en retrait par rapport à ses voisins : 99 % des dirigeants espagnols et 98 % des Suédois, Allemands et Néerlandais jugent leur pays déjà prêt à s’imposer comme une puissance de l’IA. Les freins cités par les dirigeants français sont révélateurs : absence de stratégie gouvernementale claire (50 %), infrastructure de calcul insuffisante (43 %) et pénurie de talents (39 %).


