Ce qu’il faut retenir de l’étude 2025 sur l’open source commercial publiée par Serena

Le fonds de capital-risque européen Serena a publié en avril 2025 un rapport approfondi sur la performance économique des entreprises open source commerciales, aussi appelées COSS (Commercial Open Source Software). Rédigée par Matthieu Lavergne, investisseur et spécialiste du secteur, cette étude analyse 25 ans de données financières, de levées de fonds et de sorties de capital pour évaluer si l’open source est réellement un modèle durable pour les startups tech.

Le rapport complet est disponible sur le site COSSReport.com, et résumé dans cet article Medium. Nous allons le décortiquer avec vous.

Bon à savoir : Serena est un fonds de capital-risque français fondé en 2008. Il investit principalement dans des startups technologiques en Europe, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, des infrastructures logicielles et de l’open source. Avec cette étude, Serena entend apporter un éclairage chiffré sur la viabilité du modèle open source dans un contexte de forte concurrence sur les marchés numériques.

Objectif : démontrer la solidité économique du modèle COSS

L’étude répond à une question simple mais longtemps controversée : L’open source est-il un bon choix stratégique pour une startup ou un investisseur ?

Contrairement aux idées reçues, les entreprises open source ne sont pas handicapées par leur transparence ou la libre disponibilité de leur code. Au contraire, Serena montre que les entreprises COSS :

  • lèvent des fonds plus vite,

  • à des valorisations plus élevées,

  • et réalisent des sorties de capital (IPO ou M&A) plus favorables que leurs homologues propriétaires.

Les éléments clés à retenir

L’étude repose sur un panel de plus de 800 entreprises open source commerciales, financées par le capital-risque entre 2000 et 2024. Ces données ont été comparées à un groupe témoin d’entreprises propriétaires, à secteur, géographie et période équivalente.

Parmi les enseignements notables :

  • Les levées de fonds sont 20 à 34 % plus rapides aux séries A et B pour les COSS.

  • Les montants levés sont supérieurs, en moyenne 1,45 fois plus élevés en amorçage.

  • Les valorisations sont meilleures : 1,6x en série A, 1,23x en série B.

  • Le taux de graduation (passage d’un tour à l’autre) est de 88 à 91 % plus élevé.

  • 12 % des entreprises COSS atteignent une sortie (vente ou IPO), avec des valeurs médianes supérieures :

    • IPO : 1,3 milliard $ (~1,2 milliard €) pour les COSS vs 171 millions $ (~157 millions €) pour les entreprises propriétaires.

    • M&A : 482 millions $ (~443 millions €) pour les COSS vs 34 millions $ (~31 millions €) en moyenne.

Les entreprises COSS ne se répartissent pas uniformément dans le paysage logiciel. L’open source s’impose avant tout dans :

  • les infrastructures logicielles (90 % du panel),

  • les outils pour développeurs,

  • les bases de données et le traitement de données.

En revanche, les applications métier et certains usages IA restent plus souvent dans un modèle propriétaire, du fait de logiques commerciales différentes.

Communauté vs. performance financière : peu de lien

Contrairement à certaines hypothèses, la présence d’une large communauté GitHub n’est pas directement corrélée au montant levé ou à la valorisation. Des entreprises COSS ont levé des fonds importants avec peu ou pas de traction publique, notamment dans les couches basses de l’infrastructure.

Cela indique que pour les investisseurs, l’open source est perçu avant tout comme un modèle d’accès au marché efficace, plus que comme un levier de notoriété technique.

L’Europe rattrape son retard

Si les États-Unis dominent encore largement le paysage avec 65 % des entreprises COSS financées, l’Europe progresse. Elle représente désormais 20 % du total, avec des acteurs comme Odoo, Aiven, ou Mistral AI en forte croissance. L’Asie, en revanche, reste marginale dans cette catégorie.

Selon Serena, l’étude démontre que l’open source n’est pas une exception chanceuse (comme certains le pensent après les succès de Red Hat, MongoDB ou HashiCorp), mais un levier stratégique sérieux. Il permet de bâtir des entreprises solides, innovantes et valorisées, en particulier dans les couches techniques de l’IT.

Dans un monde marqué par la montée de l’IA, la pression réglementaire (RGPD, cybersécurité, souveraineté numérique) et le besoin de transparence, l’open source devient un modèle naturel pour nombre d’acteurs IT, tant côté produit qu’investissement.

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