L’heure n’est plus à la diplomatie, mais au constat de mort lente. Dans un entretien choc accordé au Financial Times, Miguel De Bruycker, le patron de la cybersécurité belge, a lâché une bombe : l’Europe a officiellement « perdu Internet » au profit des géants technologiques américains. Alors que le continent fait face à une explosion sans précédent de cyberattaques russes, le diagnostic est sans appel : notre souveraineté numérique est une illusion.
La dépendance est désormais si profonde qu’elle semble irréversible. Selon De Bruycker, stocker des données entièrement en Europe est devenu une mission impossible. Les entreprises américaines règnent en maîtres absolus sur le cloud et les systèmes d’intelligence artificielle, des outils pourtant vitaux pour notre propre défense.
« Nous avons perdu tout le cloud. Nous avons perdu Internet, soyons honnêtes, lance-t-il avec une franchise brutale. Si je veux que mes informations restent à 100 % dans l’UE… continuez à rêver. Vous fixez un objectif qui n’est pas réaliste. »
Face à ce retard technologique abyssal, le responsable appelle à un sursaut industriel massif, une sorte d’« Airbus de la cyberdéfense » pour tenter de reprendre le contrôle avant qu’il ne soit trop tard.
La Russie harcèle le cœur de l’Europe
Pendant que l’Europe cherche ses données, la Russie, elle, sait exactement où nous frapper. La Belgique, carrefour des institutions de l’UE et de l’OTAN, a subi cinq vagues d’attaques par déni de service (DDoS) l’année dernière. Des hacktivistes russes ciblent quotidiennement jusqu’à 20 organisations différentes, calquant leurs offensives sur les déclarations politiques antirusses.
Ce harcèlement numérique ne se limite pas à Bruxelles. Outre-Manche, le constat est tout aussi effrayant :
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21 000 attaques par jour : le Royaume-Uni a essuyé environ 8,58 millions de cyberattaques en un an.
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Un coût financier colossal : les attaques ont coûté 14,7 milliards de livres sterling (16,8 milliards d’euros) aux entreprises britanniques en 2024.
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Des géants à terre : Jaguar Land Rover, Marks & Spencer (344 millions de pertes en € à lui seul) et même le service de santé (NHS) ont été frappés de plein fouet.
L’IA générative : la nouvelle arme de désinformation
La ministre britannique de l’Intérieur, Yvette Cooper, prévient : l’information est devenue « la nouvelle ligne de front ». Les États hostiles utilisent désormais l’IA générative et des vidéos manipulées pour saboter nos démocraties et affaiblir le soutien à l’Ukraine. L’Europe se retrouve prise entre deux feux : une dépendance technologique totale vis-à-vis des États-Unis et une cyberguerre hybride menée par la Russie. En 2026, la question n’est plus de savoir si nous allons être attaqués, mais combien de temps nous pourrons encore tenir.
