Capture d'écran du jeu vidéo Silent Hill 3 montrant le personnage de Heather Mason de dos face à une pièce sombre ornée de piliers massifs, de chaînes suspendues et de trois grands tableaux peints, avec un cercle rituel rouge illuminé au sol.

Le code « interdit » qui ressuscite plus de 100 jeux Windows sous Linux (mais dont Valve ne veut pas)

La communauté du gaming sous Linux 🎮 et SteamOS va adorer ! Après une interruption de développement de quatre mois (la plus longue de l’histoire du projet), la version communautaire GE-Proton 11-1 est enfin disponible sur le répertoire GE-Proton. Cette mise à jour apporte un bouleversement complet de la gestion des cinématiques et de la lecture vidéo pour les jeux exécutés via la couche de compatibilité de Valve.

Si la nouvelle s’accompagne d’un immense soulagement pour les joueurs, elle introduit également une controverse technique de taille : l’architecture a été corrigée à l’aide d’une intelligence artificielle, ce qui condamne ce code à rester définitivement banni des versions officielles de Proton et de Wine.

Le cauchemar de GStreamer définitivement liquidé

Pour comprendre la portée de cette mise à jour, il faut se pencher sur un problème qui empoisonne les joueurs Linux depuis près d’une décennie : les cinématiques au format propriétaire qui affichent un écran noir ou un motif de mire coloré au lancement d’un jeu Windows.

Jusqu’à présent, Proton jonglait entre deux architectures complexes pour décoder les vidéos : winedmo combiné à FFmpeg d’un côté, et le duo instable quartz vers GStreamer de l’autre. Cette seconde méthode obligeait Proton à s’appuyer sur une multitude de bibliothèques système externes (gst-base, gst-good, gst-bad, gst-ugly), provoquant de lourds conflits d’affichage selon que l’utilisateur tournait sous X11 ou Wayland.

Comme l’explique le développeur Thomas Crider (alias GloriousEggroll) dans les notes de version sur GitHub, tout le système a été purgé : les bibliothèques GStreamer ont été intégralement supprimées de la compilation. Désormais, l’ancien chemin DirectShow est converti de manière déterministe pour transiter par quartz, puis winedmo et enfin FFmpeg en interne.

Le résultat ? Plus de 100 jeux majeurs disposent d’une lecture vidéo fonctionnelle dès le premier clic, sans nécessiter le moindre outil tiers (winetricks) ni aucun remplacement de DLL complexes (lavfilters, amstream, wmp11).

On joue à quoi ?

  • Les classiques de l’angoisse : Silent Hill 3, Resident Evil (Remaster, 2, 3, 4, 7, 8)

  • Les blockbusters : Mortal Kombat 11, Spyro Reignited Trilogy, Borderlands 3, Halo Infinite

  • Les jeux en ligne & RPG : Final Fantasy XIV, Persona (3 Reload, 4 Golden, 5 Royal, 5 Strikers)

L’IA à la rescousse : le coup de génie banni par CodeWeavers

Pour accomplir ce travail titanesque en seulement quatre mois, GloriousEggroll confie avoir eu recours à un agent IA pour trier et analyser le code de Wine. La méthode s’est avérée redoutable : le développeur a configuré des journaux de débogage (winedebug) sur des instances de jeux fonctionnelles (grâce à des surcharges manuelles de DLL) et sur des instances natives brisées.

En soumettant ces deux fichiers de logs à l’IA, cette dernière est parvenue à identifier instantanément les divergences logiques de Wine et à écrire directement le code natif manquant pour reproduire le comportement des filtres DirectShow sous Linux.

Le revers de la médaille : ce code ne pourra jamais être intégré en amont (upstream) au sein du projet Wine officiel ou des versions Proton de Valve. La politique de l’éditeur CodeWeavers (le principal contributeur de Wine) interdit en effet catégoriquement la soumission de code généré par intelligence artificielle.

Cette refonte historique restera donc l’exclusivité et la marque de fabrique de la déclinaison communautaire GE-Proton. Si vous êtes perdu parmi toutes ces variantes, n’hésitez pas à consulter le guide explicatif de GamingOnLinux (en anglais) pour comprendre la distinction entre les builds officiels de Valve et les versions alternatives.

Enfin, pour faciliter l’installation de cette nouvelle mouture, l’utilitaire graphique ProtonUp-Qt vient de passer en version 2.15.1, améliorant la détection de l’architecture pour charger GE-Proton 11-1 en un clic sur votre PC de bureau ou votre Steam Deck. Bref, à vos téléchargements !

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