La collaboration mondiale dans le domaine de l’IA open source entre dans une nouvelle phase. C’est le constat dressé par le dernier forum stratégique du GOSIM sur l’IA open source, organisé à Paris le 5 mai 2025. Experts industriels, chercheurs, communautés open source et représentants de la société civile ont dressé un état des lieux sans concession : si l’open source est le moteur de l’IA démocratisée, de nombreux obstacles freinent encore sa portée globale.
Le rapport complet est disponible sur le site de la Linux Foundation.
Avec près de 2 millions de modèles disponibles sur Hugging Face, dont une part croissante de modèles compacts très performants, l’IA open source n’a jamais été aussi visible. Mais cette vitalité cache des fragilités : fragmentation réglementaire, difficultés d’adoption en entreprise, modèles pseudo-ouverts et manque d’infrastructures publiques.
L’une des conclusions fortes du forum est la nécessité d’adopter une définition exigeante de l’« ouverture ». Partager uniquement les poids d’un modèle sous une licence restrictive ne suffit pas. Pour garantir la reproductibilité, la transparence et la sécurité, les experts préconisent des licences permissives (Apache 2.0, MIT, CDLA v2…) et des pratiques ouvertes incluant le code d’entraînement, les données et la documentation.
Mieux former, mieux outiller, mieux réguler
Les participants ont appelé à un alignement international sur les cadres juridiques, alors que l’AI Act européen demeure mal connu en dehors de l’UE. L’enjeu : éviter que la réglementation ne devienne un frein à l’innovation open source. Les gouvernements peuvent jouer un rôle clé en finançant des infrastructures de calcul mutualisées et en soutenant les projets locaux multilingues, à l’image d’OpenLLM Europe ou OpenGPT-X.
Côté entreprise, le rapport souligne l’écart entre les performances des modèles en laboratoire et leur stabilité en production. Des benchmarks ouverts, des standards d’évaluation et plus de transparence sur l’entraînement sont nécessaires pour rassurer les acteurs réglementés.
L’open source comme outil de souveraineté et de confiance
Le forum a mis en avant une vision positive de l’open source comme levier de souveraineté numérique. Plutôt que de dépendre de modèles fermés américains ou chinois, des modèles régionaux collaboratifs permettent d’entraîner des IA spécialisées dans les langues et les contextes culturels locaux.
![]()
Le rapport donne aussi des exemples concrets de bonnes pratiques, comme le projet BigCode avec StarCoder2, entraîné éthiquement sur les archives de Software Heritage. C’est par ce type de démarche que l’open source peut démontrer sa capacité à concilier innovation, transparence et responsabilité.
Le forum GOSIM rappelle que la réponse sera collective ou ne sera pas. Chercheurs, développeurs, industriels, gouvernements et ONG doivent co-construire un écosystème durable, audité, performant et vraiment ouvert. Les 5 axes stratégiques identifiés dans le rapport – standards d’ouverture, infrastructures publiques, soutien à la recherche, adoption en entreprise, pratiques responsables – tracent un cap ambitieux mais réaliste pour faire de l’IA open source un bien commun mondial.
Le rapport complet est disponible sur le site de la Linux Foundation.


