Le nouveau datacenter D4 d'Infomaniak revalorise 100 % de sa chaleur fatale pour chauffer des logements à Genève. (Crédits : Infomaniak)

Ni fonds de pension, ni carbone : le modèle radical d’Infomaniak pour un cloud souverain

C’est un message rare dans l’industrie de la tech, habituée aux levées de fonds spectaculaires et aux rachats par des conglomérats. Dans une communication adressée à ses utilisateurs, Boris Siegenthaler, fondateur d’Infomaniak, a réaffirmé le positionnement singulier de l’hébergeur suisse : une entreprise détenue à 100 % par ses employés, sans aucun fonds spéculatif au capital. Mais au-delà de la structure capitalistique, c’est la stratégie technique et environnementale qui retient l’attention des décideurs IT cherchant à sortir du dilemme des GAFAM.

Récemment certifiée B Corp (un label évaluant l’impact social et environnemental), l’entreprise tente de prouver qu’une souveraineté numérique européenne est possible sans sacrifier la performance. Question : comment font-ils ?

Le datacenter comme centrale thermique urbaine

L’aspect le plus impressionnant pour les ingénieurs réside dans la gestion thermique du nouveau datacenter, le D4. Contrairement aux modèles classiques qui dépensent une énergie folle pour climatiser les serveurs (le fameux PUE), Infomaniak a conçu une infrastructure capable de revaloriser 100 % de sa « chaleur fatale ».

Les chiffres avancés sont concrets : en hiver, la chaleur dégagée par les processeurs chauffe 6 000 logements labellisés Minergie-A. En été, elle fournit l’eau chaude sanitaire à 20 000 personnes quotidiennement. Fait notable dans un secteur souvent opaque : cette innovation technique est rendue publique. Dans une logique open source, l’hébergeur partage ses plans via le programme E4S (avec l’EPFL et l’Université de Lausanne) pour permettre à d’autres infrastructures mondiales de répliquer ce modèle vertueux.

Durée de vie du matériel et panneaux solaires européens

Le Green IT ne se limite pas à l’électricité consommée, mais englobe l’énergie grise (celle nécessaire à la fabrication du matériel). Infomaniak prolonge désormais la durée de vie de ses serveurs jusqu’à 15 ans, estimant que c’est le temps nécessaire pour amortir leur empreinte carbone de production. Une stratégie rendue possible par une architecture logicielle cloud robuste et redondante, qui pallie les défaillances matérielles inévitables sur le long terme.

Sur l’approvisionnement énergétique, l’entreprise vise 50 % d’autoconsommation d’ici 2030. Elle a déjà mis en service quatre centrales solaires en Suisse (1,1 MWc), en faisant le choix technique et politique de panneaux européens (Meyer-Burger). Le bilan carbone de ces panneaux (478 kg CO₂e/kWc) est presque deux fois inférieur aux standards asiatiques, renforçant la cohérence de leur démarche de développement durable.

La souveraineté par le code et le droit

Enfin, le message rappelle les fondamentaux de la souveraineté numérique. Concrètement ? Héberger ses données en Suisse, hors de portée du CLOUD Act américain ou de juridictions extraterritoriales, reste un argument de poids pour les entreprises sensibles. Infomaniak insiste sur le développement de ses propres logiciels sur des technologies ouvertes, garantissant des formats réversibles et l’absence de revente de données ou d’entraînement d’IA non consenti.

Certes, le marché du cloud se consolide autour de quelques acteurs titanesques, mais, l’air de rien, au beau milieu du continent européen, ce modèle « artisanal » (qu’on parle d’hébergement web ou de solutions mail maison) ou mais industriellement pointe offre une alternative crédible pour ceux qui considèrent que l’infrastructure numérique est aussi un choix de société.

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