L’open source est prêt, les gouvernements, non : ce que révèle une nouvelle étude mondiale

Malgré des succès visibles comme MOSIP ou Mojaloop, l’open source reste loin d’être la norme dans les infrastructures publiques numériques. C’est le principal constat de la dernière étude de la Digital Impact Alliance (DIAL), Why Open Source Lags Behind (Ndlr : pourquoi l’open source est à la traine), qui analyse les freins rencontrés par les gouvernements, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes.

À rebours de l’idée selon laquelle les technologies open source seraient encore insuffisamment matures, le rapport met surtout en lumière un problème d’écosystème : absence de financement durable, manque de promotion institutionnelle et difficulté à trouver le support nécessaire pour opérer des systèmes critiques à l’échelle d’un État.

Les conclusions rejoignent un débat qui prend de l’ampleur. Alors que les Nations unies multiplient les appels pour renforcer les digital public goods, Mozilla vient d’ailleurs de rejoindre la Digital Public Goods Alliance, affirmant vouloir défendre une IA réellement ouverte « au service de l’accès et du progrès pour tous ».

Un retard qui n’est pas technique, mais structurel

Selon l’étude de la Digital Impact Alliance, la raison principale du retard de l’open source dans les infrastructures publiques n’est pas l’état des logiciels eux-mêmes. Les gouvernements interrogés citent au contraire la difficulté à disposer d’un écosystème fiable : intégrateurs formés, mécanismes de responsabilité clairs, financement prévisible, documentation pérenne ou encore soutien politique suffisamment solide.

Faute de ces garanties, beaucoup d’administrations se tournent encore vers des solutions propriétaires, perçues comme plus rassurantes malgré un coût bien supérieur et des conséquences parfois lourdes pour la souveraineté numérique. DIAL parle même d’un « verrouillage culturel », dans lequel les procédures d’achat public favorisent par défaut les grands fournisseurs privés, tandis que les projets libres peinent à entrer dans les cadres existants.

Pourtant, certains modèles open source montrent qu’il est possible de déployer des infrastructures critiques à très grande échelle. MOSIP, plateforme d’identité numérique modulaire et ouverte, est désormais utilisée dans 26 pays. Aux Philippines, elle a déjà permis l’enregistrement de 92 millions de personnes. Le Maroc, l’Éthiopie et le Sri Lanka ont eux aussi bâti leurs systèmes d’identité sur cette base ouverte.

Dans le domaine des paiements, la plateforme open source Mojaloop soutient les efforts d’inclusion financière au Rwanda et aux Philippines. Le premier prévoit un lancement national d’ici la fin 2024, tandis que le second prépare l’interconnexion de 400 banques rurales à un coût bien inférieur aux solutions existantes.

Ces réussites montrent que l’open source n’est pas un obstacle technique — mais qu’il réclame un soutien institutionnel, une vision politique et un écosystème suffisamment robuste pour passer à l’échelle.

Une prise de conscience mondiale encore inégale

Plusieurs initiatives vont dans le bon sens. L’Allemagne, via son Sovereign Tech Fund, a investi plus de 24,6 millions d’euros dans plus de 60 projets open source, devenant un modèle d’investissement public structuré. La Banque mondiale a lancé un programme dédié aux infrastructures publiques numériques, avec l’idée de favoriser des architectures ouvertes et durables.

Problème : ces efforts restent isolés au regard des besoins. DIAL recommande désormais une action coordonnée : rééquilibrer les règles des marchés publics, soutenir les communautés locales de développement, et aider les États à adopter des solutions libres sans reproduire les dépendances traditionnelles. Le défi est à la fois technique, économique et politique : créer un environnement où les technologies ouvertes ne sont pas seulement possibles, mais crédibles.

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