Le sommet OpenInfra Europe, qui s’est tenu du 17 au 19 octobre à l’École Polytechnique, s’est achevé samedi à Paris sur un constat largement partagé : l’open source n’est plus seulement un choix technique, mais un outil stratégique pour renforcer la souveraineté numérique de l’Europe.
Organisé par la Fondation OpenInfra, l’événement a réuni plusieurs centaines de décideurs publics, chercheurs et acteurs du cloud venus de tout le continent. Tous ont souligné l’urgence pour l’Europe de réduire sa dépendance aux technologies américaines, à commencer par les solutions propriétaires de Microsoft, Google, Amazon et VMware.
Le calendrier du sommet a d’ailleurs fait écho à une actualité très concrète : début octobre, le Land allemand du Schleswig-Holstein a finalisé la migration de plus de 40 000 comptes de messagerie gouvernementaux de Microsoft Exchange vers des alternatives open source comme Open-Xchange et Thunderbird. Une opération menée sur six mois, devenue l’un des symboles les plus marquants de la transition numérique publique en Europe.
À Paris, les débats ont également porté sur les conséquences du rachat de VMware par Broadcom, qui a provoqué des hausses de tarifs jugées « déraisonnables » — parfois multipliées par dix — chez de nombreux fournisseurs européens. Cette flambée accélère la recherche d’alternatives comme OpenStack et Kubernetes, désormais au cœur des infrastructures souveraines.
Le projet français NUBO, développé par le ministère de l’Économie, illustre cette stratégie. Ce cloud interministériel, basé sur OpenStack, permet d’héberger des données critiques dans un environnement entièrement souverain et auditable. De son côté, l’Allemagne poursuit avec Sovereign Cloud Stack, une architecture cloud de référence ouverte, destinée à renforcer les compétences locales et à mutualiser les outils publics.
Comme l’a analysé ZDNet, cette tendance traduit un tournant profond : après des années de dépendance à l’égard des fournisseurs américains, les institutions européennes voient désormais dans l’open source un moyen concret de retrouver maîtrise et transparence. « Les alliances historiques entre l’Europe et les États-Unis sont désormais relues à travers le prisme de la résilience », a résumé Thierry Carrez, directeur général de la Fondation OpenInfra. Et pour Jonathan Bryce, directeur exécutif de la fondation, la philosophie reste inchangée : « Une fois qu’un code est ouvert, il appartient à tout le monde pour toujours. »
