Offensive choc contre le logiciel libre en cette rentrée ! Pour Meerah Rajavel, la DSI du géant Palo Alto Networks, les modèles d’IA à poids ouverts sont devenus la pire menace cyber de la planète. Un discours qui rappelle les pires heures de Microsoft contre Linux. Vous ne trouvez pas ?
On croyait la diabolisation du logiciel libre enterrée depuis le jour où l’ancien patron de Microsoft a reconnu, il y a 10 ans, s’être trompé, estimant que Linux n’était plus un cancer, mais les vieux réflexes corporatistes refont surface face à la montée en puissance de l’IA ouverte. Dans une interview accordée au journal Business Standard, Meerah Rajavel, directrice des systèmes d’information (DSI) du géant de la cybersécurité Palo Alto Networks, a déclenché une vive polémique en désignant les modèles d’IA open source et à poids ouverts comme la principale cybermenace mondiale.
Le retour du FUD contre le logiciel libre
L’offensive verbale de la DSI ne s’embarrasse pas de demi-mesures. Lors d’une intervention sur le podcast Threat Vector produit par son entreprise, en novembre dernier, Meerah Rajavel a directement balayé le dogme de la transparence du code : « C’est open source. Depuis quand l’open source est-il sécurisé ? »
Au cœur de son argumentation figure la notion de contrôle centralisé. Selon Palo Alto Networks, les modèles propriétaires dits « frontier » exploités par des géants comme OpenAI ou Anthropic conservent un avantage sécuritaire majeur : leur accès passe exclusivement par des API managées. Ce verrouillage permet aux éditeurs de surveiller les requêtes en temps réel, de révoquer un compte malveillant ou d’appliquer des garde-fous directement sur leurs serveurs. À l’inverse, dès lors qu’un modèle voit ses poids publiés en libre accès (à l’image des séries Llama, Mistral ou Qwen), tout contrôle disparaît.
L’entreprise estime qu’il ne faut désormais que quatre à six mois à la communauté open source pour reproduire les capacités des modèles fermés les plus avancés. Associée à la baisse continue des coûts d’inférence et de location de processeurs graphiques dans le cloud, cette vitesse de réplication mettrait des outils offensifs redoutables entre les mains de n’importe quel attaquant disposant de quelques connaissances techniques.
La frousse du Shadow IT ?
Pour appuyer son constat, la dirigeante met en avant la pression quotidienne subie par les infrastructures de défense. Palo Alto Networks affirme bloquer environ 30 milliards d’attaques par jour traversant ses réseaux et avoir répertorié 250 millions de nouveaux vecteurs d’attaque au cours de la dernière année civile, soit un volume quatre fois supérieur à l’exercice précédent.
Cette inquiétude est appuyée par plusieurs travaux récents : des travaux menés par Cisco AI Defense montrent que les modèles à poids ouverts affichent des taux de réussite d’injection de prompts 2 à 10 fois plus élevés lors d’attaques complexes par rapport à des tentatives isolées. De plus, la Cloud Security Alliance a documenté des vulnérabilités d’altération de paramètres pouvant entraîner des fuites de données confidentielles lors des phases d’inférence.
Au-delà de la rhétorique sécuritaire, la prise de position de Palo Alto Networks traduit surtout la hantise des directions informatiques face au déploiement incontrôlé de serveurs d’inférence locaux par leurs propres ingénieurs (le Shadow AI). Mais accuser l’open source de tous les maux rappelle une leçon d’histoire bien connue : comme au début des années 2000 avec Linux, les vendeurs de solutions propriétaires qualifient toujours d’interminable menace la technologie libre qu’ils ne peuvent pas verrouiller.
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