Un an après avoir tourné le dos à l’open source, Redis fait volte-face. La base de données en mémoire la plus utilisée au monde est désormais disponible sous licence AGPLv3, approuvée par l’Open Source Initiative (OSI). Une décision stratégique qui vise à renouer avec sa communauté et à réintégrer pleinement l’écosystème libre.
En mars 2024, comme nous l’écrivions, Redis Labs – l’entreprise qui développe Redis – avait opté pour une double licence SSPL/RSAL, s’éloignant ainsi de la licence BSD historique qui garantissait sa compatibilité avec l’open source au sens strict. L’objectif ? Empêcher les hyperscalers comme AWS ou Google Cloud de proposer des versions hébergées sans contribuer financièrement au projet.
Problème : ce choix avait provoqué une cassure avec une partie de la communauté, et notamment la naissance de Valkey, un fork totalement open source, qui a rapidement gagné du terrain dans les milieux attachés aux licences libres. Il est aujourd’hui devenu… la principale alternative à Redis et il a été, par exemple, adopté par OVHCloud.
Valkey : un an après, que devient le projet d’alternative à Redis ?
Rowan Trollope, nouveau PDG et retour aux sources
C’est Rowan Trollope, CEO de Redis depuis 2023 (ex-CEO de Five9 et ex-cadre chez Cisco), qui a officialisé le revirement dans un billet de blog publié début mai. Avec le soutien de l’équipe technique et du créateur historique du projet, Salvatore Sanfilippo (alias antirez), Redis revient à une licence réellement libre avec la sortie de Redis 8 sous AGPLv3.
Ce changement marque la fin de la division entre Redis Community Edition et Redis Stack : désormais, toutes les fonctionnalités avancées (JSON, Time Series, types probabilistes, moteur de requêtes…) sont fusionnées dans Redis 8, sous licence unique.
La nouvelle version Redis 8 introduit également un nouveau type de données : les vector sets, développés par Salvatore Sanfilippo, ainsi que 30 optimisations de performance, avec jusqu’à 87 % de gain sur certaines commandes. Enfin, un renforcement du lien avec la communauté, notamment sur les clients Redis.
Avec cette mise à jour, Redis espère regagner la confiance des développeurs tout en assurant la pérennité du projet face à la concurrence commerciale des géants du cloud.
AGPL : un compromis ?
La licence AGPL permet une utilisation libre, y compris commerciale, mais oblige à publier le code source de toute version modifiée utilisée à distance (par exemple, dans le cloud). C’est un choix fort, partagé par d’autres projets open source comme Mattermost, PeerTube ou Nextcloud, qui cherchent à garantir à la fois liberté d’usage et réciprocité.
Avec ce retour à une licence conforme à la définition de l’OSI, Redis espère rassembler sa communauté d’origine et freiner l’adoption de forks concurrents comme Valkey. Reste à voir si cette ouverture tardive suffira à inverser la tendance… ou s’il est déjà trop tard ?
