Le bras de fer entre les éditeurs de contenu et les géants de l’IA vient de prendre un tournant décisif. Le 10 décembre 2025, un comité directeur technique a annoncé la publication de Really Simple Licensing (RSL) 1.0, le premier standard officiel destiné à protéger le contenu à l’ère de l’intelligence artificielle.
Développé par le RSL Collective et des partenaires comme Yahoo et Ziff Davis, RSL 1.0 ajoute aux simples règles de robots.txt un langage universel et lisible par machine pour définir les termes d’utilisation et de licence. Le timing est explosif : cette publication intervient au lendemain du lancement d’une enquête antitrust par l’Union Européenne visant Google pour l’utilisation sans compensation des contenus des éditeurs dans ses fonctionnalités de recherche par IA.
Le dilemme de la recherche enfin résolu
Jusqu’à présent, les éditeurs étaient face à un choix impossible : autoriser le robot de Google pour rester visible dans les résultats de recherche classiques, ou le bloquer totalement pour empêcher le scraping par l’IA.
RSL 1.0 résout ce dilemme en définissant de nouvelles catégories d’utilisation. Ainsi, les éditeurs peuvent désormais accorder aux moteurs de recherche la permission d’inclure leur contenu dans les résultats de recherche conventionnels. Simultanément, ils peuvent refuser les applications de recherche par IA (comme les « AI Overviews » de Google).
Cette fonctionnalité est vitale pour les entreprises comme The Associated Press, Vox Media, The Guardian et Stack Overflow, qui rejoignent les plus de 1 500 organisations et marques médiatiques à soutenir RSL. Le soutien est donc massif !
Le RSL 1.0 protège les communs numériques
Le nouveau standard ne bénéficie pas seulement aux grands groupes de presse. Il s’attaque à la protection du « commun numérique » (digital commons) : les bases de données, codes et savoirs librement disponibles.
Développé en collaboration avec Creative Commons, RSL 1.0 inclut une nouvelle option de « contribution ». Celle-ci permet aux créateurs et aux organisations à but non lucratif de mandater des contributions financières ou en nature de la part des systèmes d’IA qui bénéficient de leur travail, sans fermer l’accès à leur contenu. Anna Tumadóttir, PDG de Creative Commons, confirme que cela « aide à protéger les communs créatifs et de connaissances qui rendent Internet précieux pour tous ».
Pour que RSL fonctionne, il faut que les crawlers (Ndlr : robots qui explorent les contenus en ligne) le respectent. La coalition a reçu le soutien de géants de l’infrastructure comme Cloudflare et Akamai Technologies. Cloudflare, par exemple, pourra inclure une licence personnalisée standardisée dans ses réponses HTTP 402, un mécanisme crucial pour les paiements. L’entreprise a déjà mis en place un bouclier dans ce sens il y a quelques mois : nous vous parlions d’AI Labyrinth dans cet article.
Bon, tout cela est bien beau, mais il y a un… « mais ». Pour l’heure, les grandes entreprises d’IA (OpenAI, Google, Meta) ne se sont pas encore officiellement engagées à respecter RSL. La question est désormais de savoir si la pression réglementaire de l’UE et l’union des éditeurs et des CDN (Content Delivery Networks) suffiront à transformer ce standard ouvert en norme incontournable, voire imposée.
