C’est une petite barre symbolique, mais un grand pas pour le jeu libre : selon l’enquête Hardware & Software Survey d’octobre 2025 publiée par Valve, les joueurs sous Linux représentent désormais 3,05 % des utilisateurs de Steam, contre 2,64 % le mois précédent. Une progression de 0,41 point qui confirme la dynamique engagée depuis plusieurs années, notamment grâce à la console Steam Deck et à l’écosystème SteamOS.
Avec cette percée, le système libre franchit pour la première fois la barre symbolique des 3 %, tandis que Windows recule à 94,84 % (-0,75 %) et que macOS atteint 2,11 %. Ce basculement coïncide avec la fin officielle du support de Windows 10, intervenue le 14 octobre 2025, qui incite de nombreux joueurs à explorer des alternatives plus ouvertes et pérennes.
La croissance du jeu sous Linux doit beaucoup à la réussite de la Steam Deck, la console portable de Valve propulsée par SteamOS Linux. Selon les estimations du secteur, elle s’est écoulée à près de quatre millions d’unités dans le monde, consolidant Linux comme une plateforme de jeu grand public.
Le système SteamOS (basé sur Arch Linux) représente aujourd’hui 27 % du jeu sous Linux sur Steam, même si d’autres distributions gagnent du terrain : Arch Linux détient 10,3 %, Linux Mint 22.2 grimpe à 6,6 %, tandis que les systèmes spécialisés comme CachyOS ou Bazzite séduisent une part croissante des joueurs PC.
Autre moteur de cette adoption : la compatibilité offerte par Proton, la couche logicielle de Valve qui permet d’exécuter des jeux Windows sur Linux. D’après Gaming on Linux, près de 90 % des titres Windows sont aujourd’hui jouables sur Linux, y compris des productions AAA récentes comme Stalker 2 ou Stellar Blade, compatibles dès leur sortie.
Si le Steam Deck a ouvert la voie, la tendance dépasse désormais le seul marché des consoles portables : de plus en plus de joueurs installent directement Linux sur leur PC de bureau. Les distributions optimisées pour le jeu, comme Bazzite ou Nobara, permettent de profiter des performances natives de Linux tout en conservant une expérience proche de celle de Windows. Pour les joueurs, les avantages sont nombreux : absence de licence, plus grande maîtrise du système et, souvent, performances supérieures dans les jeux optimisés pour Vulkan.
Tout n’est pas encore gagné pour autant, soyons lucides : certains titres multijoueurs restent inaccessibles à cause des systèmes anti-triche, notamment Easy Anti-Cheat, qu’Epic Games refuse toujours d’activer pour Fortnite sur Linux. Ces limitations freinent l’adoption complète du système, même si les progrès de Proton et de Wine réduisent progressivement ces incompatibilités.
Valve pourrait aussi profiter de l’élan avec son prochain casque de réalité virtuelle, surnommé Steam Frame, attendu pour 2026. Selon les rumeurs, il fonctionnerait sous SteamOS et viserait une production annuelle de 400 000 à 600 000 unités — un développement qui renforcerait encore la présence de Linux dans l’écosystème du jeu vidéo.


