Ce que l’on découvre au travers de cette épreuve de sélection ce sont un peu les valeurs que cette école semble vouloir porter. Tout cela reste à confirmer avec les retours des élèves de la première promotion. En ce qui me concerne, ce premier aperçu ne me convainc pas tellement.
L’épreuve de la piscine, c’est un mois de travail intense pour les candidats à l’Ecole 42. Un travail réalisé dans des conditions très particulières, jugez-en :
- Pas de discours du directeur pour souhaiter la bienvenue aux candidats : c’est vrai que c’est souvent long et inintéressant, soit ;
- Les 800 candidats présélectionnés se répartissent dans trois salles disposant de 300 iMacs chacune ouvertes jusqu’à 23h42 ;
- Pas de professeurs, mais une équipe pédagogique qui répond selon son humeur ou son bon vouloir aux questions. Après tout pour un examen de sélection, pourquoi pas… ;
- Des corrections automatisées et complétées par système de correction par pairs, les élèves se corrigent entre eux. Une approche des méthodes agiles probablement ;
- Une salle commune au sous-sol pour les candidats qui souhaitent dormir sur place. Il faut amener son équipement de camping ou alors se préparer à une nuit difficile. De plus cette salle est éclairée en permanence la nuit et les fenêtres ne sont pas équipées de volets. Rien de quoi faciliter la récupération des malheureux candidats ;
Je me demande s’il existe de tels processus de sélection dans d’autres écoles. Il me semble ne pas en avoir entendu parler. Est-ce en cela que l’école de Niel veut déjà se démarquer ? Une sorte d’épreuve à la Star Acadmy en géant ? Bientôt sur nos écrans ou sur les chaînes des Freebox ?
L’autre question que je me pose aussi est de savoir, quel type de candidat cherche-t-on a détecter ? Cherche-t-on des forcenés du travail prêt à bosser 12 à 15 heures par jour ? Quels étudiants veut donc former l’école 42 ?
Je n’ai que des questions et peu de réponses et il est encore trop tôt pour se prononcer. Il faut voir si cette approche éducative sera maintenue durant les trois années de la formation. Si oui, il est alors probable que nous ayons là une école destinée à former de futurs employés dociles et prêts à accepter des conditions de travail proches de l’esclavagisme. Ce qui d’un certain point de vue ne serait pas incohérent avec les méthodes employées dans certaines entreprises. On peut aimer le travail, mais encore faut-il en obtenir les fruits.
Je reste donc très dubitatif au vu de ces premiers retours. La France a besoin de former davantage de personnes aux techniques du numérique, cela reste une évidence. Xavier Niel apporte là une réponse c’est indéniable. Une réponse qui met en évidence les faiblesses du système de formation « traditionnel » de notre pays. Après on aime ou pas la méthode c’est un autre problème.
N’oublions pas cet autre modèle, celui des fameux MOOC (Cours en ligne ouvert et massif) et de leurs dérivées. Une approche moins élitiste et parisienne que celle de 42 (même si l’inscription reste gratuite) où chacun peut apprendre et travailler à son rythme. Mais n’oublions pas non plus que nous sommes tous différents et que certains préféreront un enseignement classique encadré à l’ancienne. L’ancien système a probablement encore sa place. Il faut souvent de tout pour faire un monde.
Sources :
- Deux semaines en immersion à l’école 42 de Xavier Niel
- 42, l’école en carton de Xavier Niel et Nicolas Sadirac
- 42 : les chroniques d’une noyée