Le fonds d’investissement suĂ©dois EQT AB explore actuellement la vente de l’Ă©diteur de logiciels open source SUSE. Selon des informations de Reuters, cette transaction pourrait valoriser le pionnier de Linux entre 3,8 et 5,7 milliards d’euros (4 Ă 6 milliards de dollars), confirmant le statut stratĂ©gique de l’entreprise dans une infrastructure mondiale dĂ©sormais dominĂ©e par l’intelligence artificielle.
Une valse des propriĂ©taires qui dure depuis 30 ans, ce n’est pas commun ! L’histoire de SUSE est celle d’une rĂ©silience hors norme. FondĂ©e en 1992 en Allemagne (sous le nom de Software und System-Entwicklung), SUSE est le tout premier fournisseur au monde d’une distribution Linux pour entreprises. Mais son parcours capitalistique ressemble Ă un vĂ©ritable feuilleton :
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2003 : rachat par Novell pour environ 200 millions d’euros (210 millions de dollars).
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2011 : passage sous le contrĂŽle de The Attachmate Group.
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2014 : Micro Focus acquiert Attachmate.
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2018 : EQT rachĂšte SUSE pour 2,37 milliards d’euros (2,5 milliards de dollars) avant de l’introduire Ă la Bourse de Francfort en 2021 au prix de 30 euros par action.
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2023 : EQT retire l’entreprise de la cote Ă 16 euros par action, valorisant la sociĂ©tĂ© Ă 2,72 milliards d’euros.
Aujourd’hui, une vente au prix fort permettrait Ă EQT de doubler sa mise en seulement deux ans et demi, s’appuyant sur un chiffre d’affaires annuel d’environ 758 millions d’euros (800 millions de dollars).
L’IA, le nouveau moteur de croissance pour Linux
Si le secteur du logiciel a connu des turbulences avec l’Ă©mergence de l’IA gĂ©nĂ©rative, SUSE semble en sortir par le haut. Les investisseurs considĂšrent l’entreprise comme un bĂ©nĂ©ficiaire direct de cette rĂ©volution, car la demande pour des logiciels d’infrastructure de qualitĂ© professionnelle augmente Ă mesure que les entreprises dĂ©ploient leurs propres applications d’IA.
Le « camĂ©lĂ©on » n’est pas qu’un nom historique : c’est un moteur essentiel de l’Ă©conomie mondiale. Plus de 60 % des entreprises du Fortune 500, dont des piliers comme Walmart, Deutsche Bank et Intel, s’appuient sur les solutions de SUSE pour faire fonctionner leurs serveurs cloud, leurs ordinateurs centraux et leurs dispositifs en pĂ©riphĂ©rie de rĂ©seau (edge).
Une pépite européenne toujours convoitée
EQT a mandatĂ© la banque d’investissement Arma Partners pour sonder l’intĂ©rĂȘt des fonds de capital-investissement. Bien que les discussions en soient Ă un stade prĂ©liminaire et qu’aucune transaction ne soit garantie, l’intĂ©rĂȘt pour SUSE souligne la valeur stratĂ©gique des bases souveraines de l’informatique. Dans un marchĂ© oĂč l’interopĂ©rabilitĂ© et la sĂ©curitĂ© sont devenues critiques, possĂ©der le premier Ă©diteur Linux historique reste un avantage compĂ©titif majeur pour les investisseurs.
Quel impact pour les utilisateurs de SLES ?
Une telle valorisation repose avant tout sur la stabilitĂ© des revenus rĂ©currents, ce qui sĂ©curise de fait le support des contrats en cours. Les cycles de vie de SLES sont engagĂ©s sur le long terme (souvent 13 ans ou plus). Un nouvel acquĂ©reur, qu’il soit un fonds de capital-investissement ou un acteur industriel, ne prendrait pas le risque de dĂ©stabiliser une base installĂ©e qui comprend 60 % du Fortune 500.
Sous la direction de Dirk-Peter van Leeuwen, SUSE s’est repositionnĂ© comme l’alternative « neutre » face Ă Red Hat (IBM). Avec des solutions comme SUSE Liberty Linux (support pour RHEL et CentOS), l’entreprise cherche Ă capter les clients déçus par les changements de licence de ses concurrents.
Enfin, la valeur de SUSE ne rĂ©side plus seulement dans l’OS, mais dans sa capacitĂ© Ă orchestrer le Cloud Hybride et l’IA souveraine. Un changement de propriĂ©taire pourrait mĂȘme accĂ©lĂ©rer les investissements dans ces domaines porteurs pour justifier le prix de vente.


