Le cofondateur d’Ethereum Vitalik Buterin vient de poser sa vision à long terme du réseau dans une série de tweets publiés le 8 janvier. Exit les promesses de lambo et de « moon », place à une métaphore bien plus sobre : Ethereum doit devenir le BitTorrent de la finance et le Linux de la gouvernance décentralisée. Autrement dit, une infrastructure critique et discrète sur laquelle des milliards de personnes s’appuient sans même le savoir.
« Une métaphore pour Ethereum est BitTorrent, et comment ce réseau pair-à-pair combine décentralisation et échelle de masse », écrit Buterin sur X. « L’objectif d’Ethereum est de faire la même chose mais avec un consensus. »
One metaphor for Ethereum is BitTorrent, and how that p2p network combines decentralization and mass scale. Ethereum’s goal is to do the same thing but with consensus.
Another metaphor for Ethereum is Linux.
* Linux is free and open source software, and does not compromise on…
— vitalik.eth (@VitalikButerin) January 8, 2026
La comparaison n’est pas anodine. BitTorrent, ce protocole P2P vieux de plus de 20 ans, continue d’alimenter une part massive du trafic Internet mondial. Entreprises et gouvernements l’utilisent pour distribuer de gros fichiers sans passer par des serveurs centralisés. Décentralisé, résilient, et pourtant invisible. C’est exactement ce que Buterin vise pour Ethereum L1.
Linux, ou comment être critique sans faire de bruit
La deuxième métaphore est encore plus révélatrice : Linux. Le système d’exploitation open source alimente des milliards de devices, des serveurs d’entreprises aux smartphones Android, en passant par les supercalculateurs et les infrastructures gouvernementales. Pourtant, 99 % des utilisateurs finaux ne savent même pas qu’ils utilisent Linux.
« Linux est gratuit et open source, et ne fait aucun compromis sur ce point. Linux est discrètement utilisé par des milliards de personnes et d’entreprises dans le monde entier. Les gouvernements l’utilisent régulièrement. »
Il souligne aussi qu’il existe des distributions Linux très puristes et minimalistes (comme Arch) qui « se concentrent sur le fait de faire sentir l’utilisateur puissant, pas confortable ». Une référence claire à la philosophie de la couche 1 d’Ethereum : rester minimale, robuste, et laisser les couches supérieures (L2, applications) gérer la personnalisation et l’expérience utilisateur.
« Trustlessness » pour les cryptos, « minimisation du risque de contrepartie » pour les entreprises
Buterin s’attaque aussi au vocabulaire. Ce que la communauté crypto appelle « trustlessness » (absence de confiance envers des tiers), les institutions traditionnelles le nomment « minimisation prudente du risque de contrepartie ». Même concept, packaging différent. Et ce reframing est crucial.
« Nous devons nous assurer qu’Ethereum L1 fonctionne comme le foyer financier (et finalement d’identité, social, de gouvernance…) pour les individus et les organisations qui veulent le niveau d’autonomie le plus élevé », explique Buterin. « Et leur donner accès à toute la puissance du réseau sans dépendance vis-à-vis d’intermédiaires. »
Il insiste : « Ce que nous appelons trustlessness, les entreprises l’appellent minimisation prudente du risque de contrepartie. » Beaucoup d’entreprises veulent désespérément construire sur un écosystème ouvert et résilient, mais le jargon crypto les rebute. Changer la façon de présenter Ethereum pourrait débloquer l’adoption institutionnelle.
Ces déclarations interviennent quelques jours après l’annonce du 3 janvier où Buterin affirmait qu’Ethereum avait résolu le trilemme de la blockchain grâce aux machines virtuelles à connaissance nulle (zkVM) et à la technologie PeerDAS désormais en service sur le mainnet. Mais là où l’annonce de janvier était technique, celle du 8 janvier est stratégique : Ethereum ne veut plus être vu comme une techno spéculative, mais comme une infrastructure critique et neutre au même titre que BitTorrent ou Linux.
Buterin conclut son thread avec un clin d’œil aux initiés : « This is the gwei », référence au slogan « This is the way » (The Mandalorian) et au gwei, la petite unité d’ether utilisée pour les frais de transaction. Message reçu : Ethereum vise les 100 prochaines années, pas le prochain bull run.
