Les entreprises françaises affichent une confiance en trompe-l’œil sur leur autonomie en matière d’intelligence artificielle. Selon une étude commanditée par l’éditeur open source Red Hat dans cinq pays européens, 61% des responsables informatiques français déclarent disposer d’une « stratégie de sortie » prête à être déployée en cas de restriction d’accès par leur principal fournisseur d’IA. L’imposition de l’open source semble aller moins de soi en France.
Décortiquons les résultats de cette étude Red Hat France.
L’IA autonome explose, la gouvernance stagne
L’IA autonome, qui définit les systèmes capables d’agir et de déclencher des flux de travail de manière indépendante, connaît une forte adoption au sein des entreprises françaises. Avec 91% des décideurs informatiques interrogés déclarant utiliser d’ores et déjà des systèmes d’IA autonome, la France se place en tête des pays ayant participé à l’enquête menée au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas.
En revanche, alors que 34% des répondants affirment disposer de cadres de gouvernance solides pour l’IA autonome, seulement 29% disent avoir mis en place une certaine gouvernance présentant quelques lacunes, et 26% admettent s’appuyer sur une gouvernance basique ou minimale. Dans tous les pays étudiés, 64% des organisations indiquent avoir mis en place une gouvernance moyenne à solide, ce qui suggère une maturité encore en développement dans un contexte d’adoption accélérée.
« Les plateformes d’IA sont de plus en plus intégrées aux infrastructures critiques des organisations françaises. Bon nombre de ces organisations ont élaboré des stratégies de sortie pour se préparer à tout problème éventuel. Mais notre étude révèle que mettre en œuvre ces stratégies de transition sans que cela n’engendre de perturbations reste difficile », explique Rémy Mandon, responsable France de Red Hat.
41% des entreprises ignorent où sont stockées leurs données IA
Alors que l’IA s’intègre progressivement aux principaux processus métiers, 91% des organisations françaises interrogées disent bénéficier d’une visibilité totale ou partielle sur les endroits où leurs données sont stockées, traitées et potentiellement accessibles. Parmi ces organisations, 50% font état d’une visibilité totale.
Mais avec 41% admettant ne disposer que d’une visibilité partielle, une souveraineté complète en matière d’IA reste clairement un objectif qu’il reste à atteindre. L’Allemagne affiche le taux de visibilité globale le plus élevé (97%) par rapport au reste des pays d’Europe, notamment les Pays-Bas et l’Italie (90%). Un écart qui place la France en position délicate sur le contrôle effectif de ses données sensibles.
Les réponses obtenues montrent que la souveraineté de l’IA, à savoir le contrôle des données, des infrastructures et des relations avec les fournisseurs, est passée d’une simple aspiration à une véritable priorité opérationnelle dans la majorité des cas.
La France moins enthousiaste que ses voisins sur l’imposition de l’open source
Pour combler cet écart, 75% des décideurs informatiques interrogés voient dans l’open source un moyen d’augmenter le contrôle sur les processus de développement et les environnements d’exécution de l’IA, démontrant ainsi son rôle fondamental pour éviter la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique et renforcer la souveraineté.
Les répondants considèrent qu’au cours des trois prochaines années, les principaux avantages de l’open source pour une IA de confiance seront la transparence et une vérification simplifiée (80%), une personnalisation accrue pour les besoins métiers et réglementaires (74%) et un meilleur contrôle sur les processus de développement et les environnements d’exécution de l’IA (75%).
La France est également favorable à des standards fondés sur des politiques en faveur d’une IA souveraine et de confiance. Pour 70% des personnes interrogées, les réglementations et les politiques publiques devraient imposer les principes de l’open source (transparence, vérification, licences) de façon active pour aider les organisations à atteindre la souveraineté dans le domaine de l’IA.
« En Europe, les discussions au sein des conseils d’administration ne tournent plus autour de l’expérimentation de l’IA mais se focalisent désormais sur la manière de déployer l’IA pour répondre aux exigences de souveraineté, de sécurité et de réglementation » – Hans Roth, Red Hat.
Toutefois, ce pourcentage place la France en dernière position des partisans européens de cette approche, avec un score inférieur à la moyenne régionale de 77%, et derrière le Royaume-Uni (89%) et les Pays-Bas (76%). Un paradoxe pour un pays qui affiche régulièrement des ambitions fortes en matière de souveraineté numérique.
L’étude a été menée par Censuswide auprès de 500 décideurs informatiques âgés de plus de 25 ans dans cinq pays européens, dont 100 en France. Les données ont été collectées entre le 20 et le 25 mars 2026.


