Mark Surman, président de la Mozilla Foundation, portant une chemise bleue lors d'une conférence

Mozilla sort le chéquier : 1,3 milliard € pour construire une « alliance rebelle » contre OpenAI (vraiment ?)

La fondation derrière Firefox vient d’annoncer qu’elle déploie environ 1,3 milliard d’euros (1,4 milliard de dollars) de ses réserves pour financer ce que son président Mark Surman appelle une « alliance rebelle » de startups et de technologues qui défient la domination des géants de l’IA comme OpenAI et Anthropic. L’annonce, détaillée dans un rapport publié le 27 janvier, vise à promouvoir la transparence et la fiabilité dans le développement de l’IA.

Pour rappel, on avait déjà couvert la stratégie IA open source de Mozilla en janvier et la fronde interne suite à la nomination du nouveau PDG en décembre. Avec cette « alliance rebelle », Mozilla double la mise sur son pari IA, pour le meilleur ou pour le pire.

Ici, c’est depuis sa ferme aux environs de Toronto, Surman orchestre ce que Mozilla considère comme son dernier combat de David contre Goliath face aux géants de la tech — un rôle que l’organisation endosse depuis qu’elle a défié la domination d’Internet Explorer de Microsoft au début des années 2000, selon CNBC.

« C’est cet esprit selon lequel nous sommes un groupe uni pour faire le bien dans le monde et repousser cette chose qui nous menace. C’est super cucul, mais les gens comprennent totalement », confie Surman.

1,3 milliard € contre 465 milliards € : le rapport de force qui fait mal

Soyons honnêtes : la puissance financière de Mozilla est largement éclipsée par celle de ses adversaires. OpenAI a atteint une valorisation de 500 milliards de dollars (environ 465 milliards d’euros) en octobre 2025, devenant ainsi l’entreprise privée la plus valorisée au monde. Anthropic cherche actuellement à lever 10 milliards de dollars pour une valorisation de 350 milliards de dollars, soit près du double de sa valorisation de septembre 2025.

Mozilla Ventures, en comparaison, a démarré avec un engagement initial de 35 millions de dollars (environ 33 millions d’euros) en 2022. Même avec 1,3 milliard d’euros sur la table, on parle d’un facteur de 1 à 350 face à OpenAI. C’est un peu comme si un club de foot de district annonçait vouloir défier le PSG avec un budget de mercato équivalent à deux transferts de Ligue 2.

Le portefeuille de Mozilla comprend des entreprises comme Trail (une startup allemande proposant des solutions de gouvernance de l’IA), Transformer Lab (qui développe des outils open source pour créer et évaluer des modèles d’IA), et Oumi (plateforme open source pour chercheurs en IA dirigée par l’ancien ingénieur de Google Tassos Koukoumidis). Par l’intermédiaire de Mozilla Ventures, l’organisation a déjà investi dans plus de 55 entreprises, et d’autres transactions sont prévues en 2026.

« Rebelle » ? Même les startups financées trouvent ça gênant

La comparaison avec « l’alliance rebelle » (référence à Star Wars) a d’ailleurs suscité des réactions mitigées parmi les entreprises du portefeuille. Anna Spitznagel, cofondatrice de Trail, l’a qualifiée d’« analogie amusante » tout en soulignant que « rebelle est un mot qui a une mauvaise connotation pour moi personnellement », exprimant son souhait de participer à la transformation globale de l’IA plutôt que de l’entraver, selon CNBC.

Traduction : même les bénéficiaires des investissements trouvent le storytelling un peu forcé.

L’initiative fait aussi face à des vents contraires de la part de l’administration Trump, qui a signé un décret en décembre 2025 appelant à un cadre fédéral unifié pour l’IA et créant un groupe de travail chargé de contester les réglementations de l’IA au niveau des États. David Sacks, le tsar de l’IA et des cryptomonnaies de l’administration, a accusé Anthropic de promouvoir une « IA woke » en raison de sa position réglementaire — une critique qui met en lumière les tensions politiques entourant la gouvernance de l’IA.

Surman reconnaît l’ampleur du défi. D’ici 2028, il vise à ce que Mozilla finance un écosystème d’IA open source « grand public » parmi les développeurs. « Pour beaucoup, l’idée que l’IA open source puisse réussir, ou que cette alliance rebelle puisse conquérir une part de marché, semble difficile à croire », admet Surman. « Cependant, de nombreuses tendances sont actuellement en cours. »

La question reste : avec 1,3 milliard d’euros face à des mastodontes valorisés à des centaines de milliards, Mozilla joue-t-elle vraiment à armes égales, ou s’agit-il surtout d’un coup de communication pour rappeler que Firefox existe encore…

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