Le débat sur l’intelligence artificielle ouverte continue de prendre de l’ampleur, et il ne se limite pas aux laboratoires de recherche ou aux communautés de développeurs. À New York, lors de la conférence annuelle de Fordham sur la politique de concurrence, Gail Slater, cheffe de la division antitrust du Department of Justice (DOJ) américain, a souligné que les modèles d’IA véritablement open source constituent un levier décisif pour préserver la compétitivité du secteur.
Selon elle, l’essor de l’IA ne doit pas se traduire par une concentration accrue entre quelques géants technologiques, mais au contraire permettre à des startups et à des PME de bâtir des produits compétitifs sans barrière financière ou contractuelle excessive. « Si c’est fait correctement, un modèle réellement ouvert peut promouvoir la concurrence en mettant à disposition une pièce maîtresse des futurs produits d’IA », a-t-elle affirmé lors de son intervention, selon l’agence Reuters et les extraits publiés par le DOJ.
L’argument central de Slater est que l’accès à des modèles de base open source constitue une « clé d’entrée » qui réduit considérablement les obstacles au marché. En l’absence de telles solutions alternatives ouvertes, seules les entreprises disposant de capitaux colossaux pour financer des modèles propriétaires pourraient dominer le terrain, risquant de verrouiller l’innovation et d’étrangler les nouveaux entrants.
Cette déclaration intervient alors qu’OpenAI, Google DeepMind, xAI, Anthropic et d’autres acteurs américains avancent leurs propres solutions propriétaires, tandis que l’Europe et la Chine misent de plus en plus sur des modèles ouverts ou “open weight”. Le DOJ, de son côté, semble vouloir inscrire l’open source comme garde-fou contre la concentration du pouvoir technologique, en cohérence avec une approche plus large de régulation des Big Tech.
Slater a également averti que les risques de dépendance à des modèles fermés vont bien au-delà des simples coûts de licence : il s’agit aussi de contrôle sur les canaux de distribution, sur l’accès aux données d’entraînement et sur la compatibilité avec les outils tiers. Dans ce sens, les modèles open source ne sont pas seulement une alternative technique, mais aussi un enjeu de souveraineté économique et numérique. Pour la communauté open source, ce soutien public de la part d’une haute responsable du DOJ est un signal fort : l’open source, longtemps perçu comme un choix idéologique ou communautaire, devient ici un élément central des politiques de concurrence au cœur de l’économie numérique… y compris aux États-Unis.
